Éviter le piège de la persévération*

Un peu de bibliographie…

Un ami vient de me prêter le « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens », de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, un livre de psychologie sociale qui reste facile et rapide à lire.

On y parle de l’effet de gel, de cascade d’engagement, de dépense gâchée, de piège abscons, de persévération de décision, de phénomène d’amorçage (comportemental), qui peuvent être utilisés comme outils de manipulation, mais qui sont aussi et surtout des pièges à éviter dans les choix de vie.

Je souhaite partager et commenter ici deux notions développées dans le livre.

Faire fi du passé

Savoir décider indépendamment des actes passés, accepter de ne pas être rationnel dans la durée, choisir selon la situation présente.

Pour illustrer cela, voici une anecdote personnelle dont je me félicite chaque jour : en 2011 j’ai fait l’acquisition d’un appartement en France métropolitaine pour lequel j’avais eu le coup de cœur, j’étais fan de mon appart ! Je l’ai ré-agencé entièrement, ce qui a valu 6 mois de travaux, beaucoup de stress et d’énergie, de concessions, l’implication physique et en temps de ma famille ce qui m’a aussi fait culpabiliser. Une fois les travaux finis, je me suis dit qu’avec cette énergie dépensée, il fallait que j’y reste pendant au moins trois ans avant de penser à bouger. Après six mois pendant lesquels j’ai bien profité, j’ai eu l’opportunité unique et non réitérable de partir voyager un an en Australie. Pendant deux semaines je disais « ah non j’ai prévu de rester ici trois ans, ce serait dommage de tout quitter sans en avoir profité », puis un matin je me suis réveillée avec la question « qu’as-tu à faire de mieux aujourd’hui ? », et la réponse était évidente. La suite, c’est qu’après mon voyage je me suis retrouvée en Martinique où je vis depuis plus de deux ans, et qu’aujourd’hui je vends mon appartement dans lequel je n’ai quasiment pas vécu, sans aucun regret, et avec le soutien de ma famille qui s’était tant investie. Ainsi, j’ai réussi à ne pas tomber dans le piège de la dépense gâchée, et je m’en réjouis quotidiennement.

Les exemples cités dans le livre sont celui par exemple d’un directeur d’entreprise qui fait des choix de répartition de budget entre filiales, et qui réitère sa direction stratégique l’année suivante alors même que les résultats sont négatifs. Si on remplaçait ce directeur par une nouvelle personne pour effectuer cette décision, celle-ci jugerait non pas en continuité des choix passés, mais objectivement selon les données actuelles.

Ainsi sont illustrées les notions de cascade d’engagement, et de persévération.

La morale, c’est qu’il faut savoir se positionner dans la situation présente pour poser un problème, l’analyser et décider de l’orientation à prendre.

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Le paradoxe du libre-arbitre et de l’engagement

Un phénomène traité dans le livre est le suivant : si l’on souhaite obtenir un certain comportement (que nous appellerons 2) d’une personne, qui lui coûte un minimum en temps, argent, énergie etc, et que donc elle risque de refuser, la probabilité qu’elle accepte sera fortement augmentée, si au préalable on obtient d’elle un comportement (1) anodin qui ne lui coûte presque rien mais amorce une ligne de conduite de rationalité similaire à celle du comportement 2. Le comportement 1 a pour effet que la personne se trouve engagée et a donc beaucoup plus de chances d’adopter le comportement 2 souhaité.

Le livre nous dit que ce qui est déterminant également dans ce processus, c’est qu’il ne fonctionne que si le comportement 1 a été adopté avec un sentiment de totale liberté et de libre-arbitre. Si la personne s’est sentie contrainte par les circonstances, le comportement 1 n’aura pas de pouvoir d’engagement de sa part.

Ainsi, si j’extrapole, d’aucuns pourraient philosopher quelques heures sur l’engrenage paradoxal suivant : l’engagement dans une ligne de conduite comportementale, qui induit donc une réduction de liberté de choix, cet engagement n’a de puissance que parce qu’il est né initialement du sentiment de libre-arbitre…

En pratique, dans la vie, cela implique qu’il est beaucoup plus naturel et facile de rompre avec une situation qui a été à l’origine induite par des circonstances extérieures, que de rompre avec une situation que l’on a créée soi-même par des choix libres et personnels.

En être avisé peut aider à être clairvoyant et retourner sa flèche !

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Adelyne Albrecht

(*) Persévération, définition issue de Wikipédia : Un autre forme de persévération se traduit par un biais comportemental dans la façon dont des individus sains prennent leurs décisions et font évoluer celles-ci face à de nouveaux éléments. L’ajout d’une donnée nécessitant logiquement la révision d’une solution précédemment trouvée est souvent ignorée et les sujets sont aveuglés et influencés par leur décision préalable, qu’ils modifieront moins souvent qu’un raisonnement logique ne l’exige.

 

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