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Deuil. Sortir de la culpabilité

L’article que je vous écris aujourd’hui est l’article le plus personnel que j’ai écris. Xavier et moi, nous venons de perdre notre petit bébé et je sens que c’est ma mission de partager avec vous et de vous donner un message d’espoir.

Gabriel a décidé de venir plus tôt que prévu. Le 24 mars à 10h57, à seulement 23 semaines et 5 jours, il mesure 30 cm et pèse 700gr. Il ne peut malheureusement pas rester près de moi car l’hôpital n’est pas équipé pour les grands prématurés. Nous avons la chance de le voir à peine 5 minutes avant son départ pour l’hôpital des enfants à Montréal. Il sert mon doigt de sa toute petite main. Il a déjà tant de force. Mon transfert est prévu pour le lendemain. Ses poumons sont encore atrophié et il nous quitte 10h plus tard.

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La responsabilité à la place du sentiment d’injustice

Ne me dites pas que  c’est injuste, ne me dites pas que j’en aurai d’autres, ne me dites pas que c’est mieux maintenant car je ne l’ai pas connu, ne me dites pas de penser à l’avenir (ou de travailler ou de me distraire)…

Je ne considère pas que ce soit injuste car pour moi tout à un sens. Me dire que c’est injuste, c’est me placer dans un statut de victime, c’est m’enlever ma responsabilité.

Attention quand je parle de responsabilité, il ne s’agit pas de culpabilité. Je n’éprouve pas de culpabilité. Je sais que j’ai fait tout ce qu’il fallait pendant ma grossesse qui se déroulait parfaitement. Nous avons très bien réagit en nous rendons compte que quelque chose n’allait pas et nous rendant à l’hôpital immédiatement. Le personnel de l’hôpital a tout fait pour nous sauver le bébé et moi. Personne n’est coupable.

Il y a quelques semaines je parlais justement de cette responsabilité lors de ma conférence sur l’amour de soi.

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Prendre la responsabilité de tout ce qui se passe dans notre vie est l’une des composantes de l’amour de soi.

Cette affirmation a beaucoup choqué une maman qui avait perdu son fils. « Comment pourrais-je avoir choisi la mort de mon fils ? » Je n’ai pas essayé de la convaincre. Je lui ai dit que c’était ma croyance du moment et qu’elle n’était pas obligée d’y adhérer.

Aujourd’hui, j’ai perdu mon fils et je crois toujours en la responsabilité. Avoir un enfant est un engagement et dans tout engagement il y a un risque de perte. Donc oui, j’ai choisi de prendre ce risque. D’un point de vue plus spirituel, je pense que mon âme ou celle de Xavier ou celle de Gabriel ou plus probablement les 3 ont choisi de nous faire traverser cette épreuve afin de pouvoir accomplir notre mission de vie.

Il n’y a pas d’injustice. Nous ne sommes pas des victimes. Ce que nous avons vécu à un sens même si nous ne le comprenons pas encore complètement.

Lors d’un deuil, il est normal de ressentir de la culpabilité. C’est une émotion, ce n’est ni bon ni mauvais mais la culpabilité entraine une perte d’estime de soi. Il me semble donc important de pouvoir s’en libérer.

Vous vivez de la culpabilité si vous ressassez des pensées comme :

  • Si j’avais consulté plus vite
  • Si je m’étais reposée plus
  • Si j’avais été plus présent pour ma femme pendant sa grossesse
  • Comment se fait-il que j’ai pas compris qu’il y avait un problème
  • Si j’avais plus parlé au bébé
  • Si j’avais moins travaillé

Comment sortir de la culpabilité ? ¹

  • Identifier les raisons qui vous font sentir coupable.
  • Ayez une vision objective de la situation en posant par exemple des questions au médecin ou à une infirmière.
  • Ne refouler pas les pensées de culpabilité. Accueillez-les comme tout autre émotion.
  • Exprimez vos pensées. Trouvez une personne (conjoint, ami, famille, professionnel) à qui vous pouvez parler de votre culpabilité.
  • Reconnaissez votre imperfection. « J’ai fait de mon mieux avec les connaissances que j’avais à ce moment là »
  • Ne vous torturez pas. Rien ne prouve que le résultat aurait été différent si vous aviez agi différemment.

Le processus du deuil

Il existe plusieurs théories sur les étapes du deuil. Personnellement, j’aime me référer à celle de la psychiatre Élisabeth Kubler-Ross. ²

  1. Le choc (la sidération) : vous venez d’apprendre la nouvelle et vous ne comprenez pas ce qui se passe.
  2. Le déni : ensuite vous allez nier la gravité de la situation. Vous vous dites : « Ce n’est pas possible ! », « ça ne me concerne pas. » ou « ce n’est pas grave ». Vous devenez inquiet et vous vous perdez dans vos pensées.
  3. Lorsque vous vous rendez compte que c’est bien réel, vous êtes en colère « C’est injuste ! Pourquoi ça tombe sur moi ? » Certaines personnes à cette étape recherchent un coupable, d’autres culpabilisent et se comportent en victimes.
  4. Commence ensuite une étape de négociation et parfois de manipulation. « Si j’accepte cette situation qu’est-ce que j’obtiens en compensation ? », « Donnez-moi encore quelques jours… ».
  5. Cette étape est suivie par une phase de dépression. « À quoi bon… » C’est le moment du repli et de tristesse. Vous êtes fatigué, vous n’avez plus envie de vous investir. « Je ne sais plus… »
  6. Après un certain temps, vous réalisez avec lucidité que le changement a lieu et vous commencez à penser aux actions que vous pourriez mettre en place et à penser aux conséquences. C’est l’étape de l’acceptation. « C’est la vie… Et maintenant que faire ? »
  7. Vous vous réorganisez et mettez en place des actions concrètes. C’est le temps du réinvestissement. « Je pourrai… », « J’envisage de… ».

Le passage de ces étapes est inconscient. Il peut être très court, quelques minutes ou très long plusieurs années pour un deuil, une perte importante.

Il n’est pas forcément linéaire et vous ne ferez peut-être pas toutes les étapes. Personnellement, les 3 premiers jours, j’ai vécu le choc et le déni. C’est en prenant dans mes bras le petit corps de mon bébé tout froid que j’ai vraiment réalisé qu’il était parti. Je vie depuis un mélange de tristesse (phase de dépression) et d’acceptation. Je n’ai pas (ou pas encore) connu les étapes de colère et de négociation.

Comprendre ces étapes va vous permettre d’accueillir plus facilement ce qui se passe en vous lorsque vous êtes confronté à un deuil ou un changement important.

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La perte d’un enfant peut également entrainer une diminution de l’estime de soi et des problèmes dans le couple. J’aborderai ces aspects dans d’autres articles.

Qu’est-ce qui nous aide à être dans l’acceptation ?

Les croyances que vous avez peuvent être aidantes ou limitantes. Nous avons la croyance que la mort n’est qu’un passage, que l’âme est immortelle et que nous pouvons entrer en contact avec elle.

Être bien entouré et accepter l’aide offerte. Nos amis et notre famille sont très présents (malgré la distance pour la famille qui est en Belgique alors que nous habitons au Québec). Des prières, médiations, bougies, chants ont accompagné Gabriel dès sa naissance. Le personnel de l’hôpital Pierre Boucher de Longueuil a été extraordinaire ainsi que les personnes de la Maison Darche (services funéraires).

Accepter d’être vulnérable et ne jamais oublier que chacun vit son deuil à sa façon. Jamais je n’aurais cru qu’un jour on devrait m’aider à me lever du lit, à me laver… J’ai laissé Xavier s’occuper de moi. Après une césarienne d’urgence, j’ai besoin de repos et de moments de recueillement. Xavier a besoin de se sentir utile et de s’occuper l’esprit.

Exprimer notre ressenti et parler de ce qui s’est passé et du bébé au sein du couple,  à la famille, aux amis…

Rester dans la gratitude. Dès le premier jour, j’ai pris les évènements comme un cadeau au lieu de les voir de façon négative. Toute épreuve apporte des apprentissages. « Merci, mon bel ange Gabriel pour l’enseignement que tu nous donnes. Tu nous as  permis de devenir père et mère, tu as amplifié l’amour que papa et moi avions l’un pour l’autre, tu as amplifié la relation avec ta marraine et mes amies, tu as permis à des amis de différents groupes de se rencontrer, tu nous fais voir l’essentiel, revenir dans le présent pour vivre une heure à la fois, tu nous invites à sortir du contrôle pour accepter la vie avec humilité, tu nous apprends à faire la paix en nous et à rester dans l’amour, tu nous invites à oser prendre notre place, tu nous apprends le courage, tu me permets de dépasser ma peur de la douleur et de prendre conscience que je suis bien plus forte que je le pensais… »

Célébrer la vie. Nous avons fait une première cérémonie à l’hôpital (rien que nous deux et le célébrant) en présence du corps de Gabriel. Nous avons ensuite refait une cérémonie avec la famille et les amis en présence des cendres. A chaque cérémonie, nous avons fait un témoignage en remerciant Gabriel.

20160327_120707Communiquer avec l’âme et l’aider à retourner dans la lumière. Nous avons fait un autel en l’honneur de Gabriel. Nous observons un rituel amérindien pendant 49 jours qui nous permet d’être en paix et d’accompagner l’âme.

J’ai mis en pause mes activités professionnelles pour le moment ainsi que les vidéos sur la grossesse. Je reprendrai les vidéos quand je serai prête et je terminerai la série. Je pense que c’est important de communiquer à ce sujet. Merci de votre compréhension si vous m’avez envoyé des questions, des exercices ou des examens. Je suis aussi peu présente sur les réseaux sociaux. Mes stagiaires font vivre les réseaux en attendant et vous continuerez à recevoir les messages automatiques pour lesquelles vous vous êtes inscrits. Je pense reprendre mes activités à temps partiel la dernière semaine d’avril.

Si vous voulez nous envoyer vos sympathies, merci de le faire en commentaire afin de ne pas encombrer ma boite mail.

 

¹  « Les rêves envolés » par Suzy Fréchette-Pipernil, Éditions de Mortagne, 2005

² « Les derniers instants de la vie » d’Elisabeth Kubler-Ross, Editions Labor et Fides, 1996

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