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Comment retrouver l’estime de soi après le suicide d’un proche ?

Tout un chacun se voit un jour confronté à la perte ultime d’un être cher. Le travail de deuil commence. Cependant, les circonstances de la disparition, les modalités de l’annonce, l’environnement social et culturel constituent autant de facteurs qui vont impacter ce deuil.

Je voudrais ici soulever le sujet plus particulier du suicide. Un sujet souvent tabou dans nos sociétés et qui de ce fait, a pour effet de renfermer sur elles-mêmes les personnes touchées par ce type de disparition.

Toute mort dite violente laisse des séquelles pour les proches. Car rien ne les y prépare. Cette disparition consécutive à un suicide, on la tait, on la cache et paradoxalement elle n’en a que plus de présence dans la vie intérieure des proches endeuillés.

suicide-1

Il m’arrive d’entendre autour de moi, mais également via la profession de ma famille d’entrepreneur de pompes funèbres,  à quel point l’épreuve est dure pour ces personnes.

En effet, notre société laisse peu de place à l’expression individuelle sur le sujet de la mort. Alors, il en va du deuil comme des biens de consommation. Tout est industrialisé et tout doit se faire vite et bien. Le temps doit être rentabilisé.

De ce fait, les rites d’accompagnement des personnes endeuillées n’ont plus leur place. Le deuil est alors perçu comme un trouble à soigner au plus vite et au moindre coût !

Quel est le sens premier du mot deuil ?

Dans l’étymologie latine de ce mot, on retrouve « dolus » et par extension « dolores », faisant ainsi référence à la douleur, au chagrin, à la souffrance de l’âme.

Différents vocables sont utilisés pour le suicide :

  • Les idées suicidaires correspondent à l’élaboration mentale, de manière consciente, d’un désir de mort. On parle dans ce cas de patients suicidaires.
  • La crise suicidaire est la période durant laquelle le risque de passage à l’acte est important. Les causes sont multiples et le patient se sent dans une impasse. Les idées suicidaires sont envahissantes.
  • Les équivalents suicidaires quant à eux sont les comportements à risques témoignant d’un désir inconscient de mort. Ces derniers relèvent de mutilations, d’alcoolisme brutal, de conduites sexuelles à risques, d’addiction médicamenteuse…
  • La conduite suicidaire correspond à une idée suicidaire qui se fige dans un processus pouvant comporter des actes amenant au scénario suicidaire.
  • Les tentatives de suicide aussi appelées « TS » sont la conséquence d’une personne se vivant elle-même comme suicidaire. Il s’agit de passages à l’acte visant à mettre fin à ses jours sans toutefois nécessairement y parvenir.
  • Enfin le suicide est l’acte délibéré de se tuer menant quant à lui à la mort.

Quels sont les facteurs et les populations « à risque » ?

  • Toute épreuve de vie peut fragiliser voire ébranler les repères personnels. La perte prématurée d’un parent, la violence-maltraitance, la carence affective fragilisent le sentiment de sécurité. Certaines personnes arrivent à dépasser ce traumatisme en mobilisant des ressources individuelles, sociales, familiales, professionnelles. On parle alors des capacités de résilience.
  • A l’inverse, c’est-à-dire pour les personnes qui ne peuvent faire preuve de résilience, Rihmer suggère la notion de facteurs de risque liés à des moments de vulnérabilité dans la vie.
  • Les risques primaires constituent une valeur d’alerte comme par exemple les antécédents familiaux et personnels, les troubles psychiques, le signalement à autrui de l’intention de se suicider. On observe généralement une forme d’impulsivité, d’agitation et d’instabilité.
  • Les risques secondaires ont quant à eux une valeur prédictive plus faible si les risques primaires n’existent pas. Il s’agit notamment de l’isolement social, de problèmes financiers-professionnels importants et de perte parentale précoce.
    Rihmer fait encore référence à des risques tertiaires qui n’ont cependant pas de valeur prédictive en l’absence des 2 autres facteurs mentionnés ci-dessus. Il cite l’âge, l’appartenance au sexe masculin et le rythme des saisons.

Témoignage :

suicide-2« Lors de mon adolescence, mon père qui était atteint d’un cancer incurable, s’est suicidé. Ma mère l’avait découvert en rentrant du travail, pendu au milieu de notre salon. Bien sûr j’allais rentrer de l’école. Je ne pouvais pas me douter de ce que j’allais vivre. Ma mère se tenait là dans ce grand hall d’entrée, plein de monde était présent et elle se sentit obligée de me dire : ton père est mort. Il n’avait rien laissé derrière lui, une lettre aurait pu m’aider. Ma vie est faite de supposition, de doutes, de craintes. L’entourage défilant au funérarium et les jours qui ont suivi les obsèques m’ont plongée dans l’incompréhension de ce qui peut tant pousser à se tuer, pourquoi être égoïste avec ceux qui resteront. Ma mère fait des dépressions à répétition et moi je vis toujours, 3 ans après la disparition de mon père, dans l’angoisse, les suppositions, les doutes, les craintes. Je ne sais pas si j’oublierai ce soir-là. » Nathalie

Faire son deuil après le suicide d’un proche

Le contexte de violence lié à cette disparition conduit inévitablement à une forme plus complexe du deuil.

En effet, différentes conséquences collatérales se cumulent à la perte : impossibilité d’exprimer un au-revoir, brutalité de la survenance, recherche du sens réel caché derrière l’acte, remise en question personnelle, etc.

Il n’y a pas un vécu type pour une personne endeuillée par un suicide.

Néanmoins, nous pouvons relever certains critères qui peuvent fortement marquer le processus de deuil et même en hypothéquer le bon déroulement. Ainsi :

  • Le suicide est une mort violente où le corps peut-être endommagé, imposant dès lors des images traumatisantes pour les proches.
  • Près de 50% des cas de suicides auraient lieu au domicile, contaminant ainsi le milieu de vie quotidien.
  • Le tabou social et religieux est encore bien présent. Ainsi, il n’y a pas si longtemps que cela, l’Eglise interdisait le service religieux pour un suicidé excluant ainsi les endeuillés des rituels funéraires et communautaires classiques, renforçant le sentiment de honte et de culpabilité des proches qui n’ont bien souvent rien vu venir. Le risque pour ces endeuillés est alors d’en arriver à une forme de punition, d’auto agression.
  • L’estime de soi et la dévalorisation sont souvent observées. Pour le psychiatre Michel Hanus « ce sont ces endeuillés qui ont le plus besoin d’aide et de soutien et qui en général, en reçoivent le moins ». Effectivement, ils ont tendance à ne pas oser s’exprimer, à s’isoler. Ils, ne sollicitent que peu d’aide car ils se sentent stigmatisés et vivent difficilement le regard culpabilisant des autres et de la société : « T’avais rien remarqué, il en parlait ? ».
  • Régulièrement, on observe chez les proches de l’angoisse liée à la peur qu’une autre personne de l’entourage passe également à l’acte car le sentiment de sécurité interne a été ébranlé dans le tissu familial.
  • L’agressivité et la gestion de celle-ci est un facteur crucial. L’agressivité est une conséquence inéluctable de la douleur. L’endeuillé doit arriver à la gérer. Soit en l’exprimant sous forme de sentiment de colère à l’encontre du défunt, des proches. L’agressivité peut encore sortir sous forme de critiques à l’égard des professionnels entourant le défunt. Mais souvent, cette agressivité, l’endeuillé peut la retourner contre lui-même, entraînant alors celui-ci dans les phénomènes dépressifs comme la dévalorisation de soi.
  • Enfin l’enquête policière génère un climat particulier. Il s’agit d’une réelle intrusion dans l’intimité de la famille au moment où cette dernière aurait bien besoin de pouvoir faire front. Parfois, le parquet ordonne une autopsie afin d’écarter la thèse d’un homicide rendant la séparation d’autant plus douloureuses pour ces familles car le corps du défunt est alors soustrait à la famille.

Quelques pistes de réflexions pour avancer dans le processus de deuil :

La personne se suicidant n’a trouvé que cette solution pour mettre fin à une terrible souffrance et trouver la paix. Elle ne se doute pas qu’elle plongera ses proches dans une profonde douleur.

Le deuil est un processus de cicatrisation où le temps est nécessaire. Il nous sert de bouclier de protection psychologique et émotionnelle pour nous permettre de construire un lien différent avec la personne disparue.

4 étapes :

1. Le choc-sidération :

Les premières heures suivant la disparition, nous plongeons dans un mécanisme de protection psychique inconscient. Cela permet de supporter la douleur car les émotions sont comme endormies. Nous fonctionnons par automatisme.
En effet, après la découverte du corps sans vie, les endeuillés peuvent souffrir

  • d’un syndrome de stress post-traumatique se caractérisant par des flashs,
  • d’un stress chronique où les personnes peuvent avoir peur à certains moments de revivre une telle disparition.

2. La fuite et recherche :

Après le décès (6 à 15 mois), la personne veut sortir rapidement de sa peine et se retrouve dans une agitation. La personne veut se reconnecter avec la personne disparue via les albums notamment.

La culpabilité est présente. Elle lit et relit les mails, courriers afin de trouver une explication au suicide. Cette quête fait partie du travail de deuil. L’endeuillé se condamne à ne plus prendre de plaisir, à ne plus avoir de succès, bonheur.

3.  La destruction :

C’est la prise de conscience du non-retour de l’être aimé (1 à 3 ans). Il est donc normal de se sentir mal dans sa peau.

La honte et la stigmatisation caractérisent ce deuil. La personne s’exclut des réseaux sociaux ne pouvant ainsi se sentir soutenue. Elle pense ne pas pouvoir être assez bien pour recevoir de l’aide. Elle n’ose pas aborder le décès tel qu’il s’est passé pouvant ainsi entraîner un secret de famille.

4. La reconstruction :

La reconstruction se déroule en trois temps :

  • la relation avec le monde qui nous entoure. On apprend à trouver sa nouvelle place au sein de l’entourage.
  • la « relation » avec l’être disparu. On sait qu’il restera dans nos cœurs à tout jamais.
  • la redécouvre de soi-même. Sommes-nous plus ouvert, axé sur ce qui nous tient à cœur où on contraire ?

5. Revivre :

Faire son deuil c’est accepter que la personne ne soit plus là. Il faut pouvoir prendre soin de soi, panser la blessure et être indulgent envers soi-même.

L’acceptation de la perte ultime repose sur le principe que l’on doit accueillir nos émotions càd prendre conscience de l’information qu’elles nous donnent afin de pouvoir au fil du temps mieux les gérer. Une émotion telle qu’elle soit est un indicateur, elle n’est donc pas à prendre négativement. Pleurer, vivre au jour le jour est normal dans les premiers moments suivant le décès.

L’amour que l’on portait à l’être disparu nous nourrissait. Il faut donc trouver l’affection en renouant avec les liens familiaux existants ou en créer d’autres avec autrui.

Identifier ce que la personne nous a légué comme valeur va nous permettre de nous réorienter en se reconstruisant.

S’autoriser à faire des petites choses qui nous font du bien. La vie est un cadeau de chaque jour.

se tenir droit

« Ne vous en faites pas parce que la marée baisse. Elle remonte toujours.
Si la vie vous donne un citron, faites-en une limonade.
Ce n’est pas ce qui vous arrive qui importe, mais bien l’interprétation que vous en faites.
Les problèmes sont comme des couteaux ; ou bien ils nous aident, ou bien ils nous coupent. Ca dépend si on les prend par le manche ou par la lame.
Ça ne sert à rien d’ouvrir votre parapluie avant que la pluie tombe.
Ce qu’il y a derrière nous et devant nous n’est rien à comparer à ce qu’il y a à l’intérieur de nous » Nicole CHAREST

Quel est l’impact sur l’estime de soi ?

Le suicide de l’être aimé entraine une diminution de l’estime de soi. L’endeuillé se remet en question sur l’amour qu’il a pu donner et sur la qualité de cet amour. Il pense que cet amour n’a pu être donné correctement. Alors, arrive la pensée « mon amour n’a pas de valeur, je n’ai aucune valeur ». Cela nourrit un sentiment d’échec. Il se sent rejeté, abandonné.

L’estime de soi est la façon dont on se voit, se perçoit. C’est un peu notre miroir, notre image de nous. Elle est vitale pour notre équilibre psychologique car c’est le regard-jugement de soi-même.

L’estime de soi est indispensable pour traverser le deuil.

3 piliers :

1. L’amour de soi est le socle. Malgré l’échec, les défauts, les limites, il faut s’aimer d’un amour inconditionnel.

2. la vision de soi est la conviction d’être porteur de qualités et nous en avons tous.

3. la confiance en soi permet d’agir sans crainte.

Chaque jour, il faut faire face avec courage à cette épreuve où l’on est confronté à la souffrance. Cela est à mettre dans les acquis. Il est important de se féliciter pour chaque succès même infime réalisé durant la journée et de penser en quoi on vous apprécie dans votre cercle.

estime de soi

« Vous transportez vos soucis sur vos épaules ; ce fardeau vous alourdit et vous empêche de ressentir la paix et d’être heureux. Nous les anges, vous demandons aujourd’hui de déposer votre fardeau et de remettre toutes vos inquiétudes entre nos mains.
Lorsque vous faites cela, votre esprit et votre cœur se libèrent de la peur, et vous ouvrez davantage la porte à votre créativité et à votre sagesse Les solutions viennent plus aisément à ceux qui ne sont pas dans la crainte.
Dès maintenant, prenez une profonde inspiration, expirez et permettez-vous de retirer ce poids de vos épaules. Lorsque vous libérez votre cœur de la peur et de l’anxiété, il s’ouvre pour recevoir l’aide que nous ne cessons de vous offrir »
Extrait Oracles des anges, Doreen Virtue

Comment apporter de l’aide aux familles ?

La prise en charge peut se faire dès la découverte du corps ou l’annonce du décès.

Il s’agit essentiellement d’une présence « pragmatique et pratique » qui permet aux proches d’affronter le premier choc, tant sur le plan affectif que psychique ou social. La présence constitue alors un repère qui permet de mieux faire face à l’omniprésence du stress, de la douleur et de l’incompréhension.

L’aide, rappelons-le, prend place dans un contexte particulier de honte et de culpabilité. Et ceci est d’autant plus prégnant lorsque la personne est un enfant ou un ado.

Il faut également travailler sur le sentiment d’étrangeté car l’endeuillé a souvent le sentiment d’être différent des autres qui ne peuvent pas le comprendre lui et sa détresse.
Il faut alors aider à extérioriser leur ressenti mais aussi à mettre des mots et du sens sur cette perte, sur les images. Il faut décrypter cet acte fou et les aider à en faire un récit.

Ils ont surtout besoin d’écoute mais uniquement quand ils sont prêts pour cela. C’est ce qui rend l’accompagnement d’un endeuillé si difficile. Nous devons accepter leur rythme et nous ne devons en aucune manière imposer le nôtre.

Le travail de deuil passe par quatre tâches essentielles :

  • L’acceptation de la réalité,
  • Être capable de mettre un terme à la relation avec le défunt,
  • Lâcher prise,
  • Trouver un nouveau sens à la vie sans le défunt.

Enfin il est important de travailler sur les ressources individuelles de l’endeuillé et de l’inviter à s’exprimer avec ses proches dès qu’il lui semble que les circonstances s’y prêtent.

photo aider

Pour conclure :

La période de deuil permet « de manière idéale » d’aller de l’avant, de continuer à vivre en apprenant à surmonter la perte.

L’annonce du décès est la première phase du travail de deuil. Chacun y réagit différemment.

Voir le défunt pour un dernier au-revoir peut aider à accepter la réalité de la disparition et rend possible un dernier moment privilégié avec le défunt.

Viendront ensuite des phases de tristesse, de colère ou de peurs qui envahissent l’endeuillé.

Avec le temps, on pourra rétablir un certain équilibre après avoir affronté le sentiment de culpabilité et l’absence de sens. Petit à petit, l’endeuillé se reconstruit. Il se redéfinit par rapport à la personne disparue et par rapport à son environnement social.

Être soutenu et accompagné par une personne compétente est essentiel et malheureusement encore trop rare. Grâce à cet accompagnement l’endeuillé pourra effectuer un travail d’intériorisation offrant à la personne disparue, une place apaisée au plus profond de son être. La personne endeuillée retrouve l’estime de soi indispensable pour continuer dans son parcours de vie. La plaie est alors refermée, même si la cicatrice restera à tout jamais.

BIBLIOGRAPHIE:

Article Céline Scholl

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Deuil périnatal et diminution de l’estime de soi

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le deuil d’un bébé est souvent plus difficile que celui d’un adulte que l’on a connu longtemps. Les parents attendent un événement heureux. Ils ne sont pas préparés à un décès et ont peu de souvenirs auxquels se raccrocher. Lorsque vous perdez un bébé, vous devez faire le deuil de vos rêves, de l’avenir.

« Ce n’est pas juste un petit bébé qui a été perdu. C’est une vie au complet qui ne sera pas vécue. » Suzy Fréchette-Piperni

image reve de famille

Dans mon article « Deuil. Sortir de la culpabilité »,  j’ai mentionné que la perte d’un enfant pouvait entrainer une baisse de l’estime de soi.

Avoir un bébé en bonne santé confirme la virilité du père. Il est donc fréquent qu’après le décès de son enfant, le père ne se sente plus viril. Ce sentiment est causé par le fait de n’avoir rien pu faire pour changer la situation. Un sentiment de honte et d’impuissance peut alors altérer l’estime de soi.

La mère peut vivre un sentiment d’échec ou avoir l’impression de perdre sa féminité. J’ai moi-même eu la pensée certains jours que mon corps avait peut-être un problème. J’ai la chance d’avoir des outils qui me permettent de dépasser très rapidement ce genre de croyances.

Évidemment, plus votre estime de vous-même est basse au départ et plus vous allez ressentir cette baisse d’estime. Dans les articles suivants, vous trouverez des activités pour augmenter votre estime de vous-même :

A cause de la honte et de cette diminution de l’estime de soi, certains parents sont mal à l’aise de parler de l’évènement et vont retarder l’annonce de la mauvaise nouvelle.

image honte

Nous avons parlé de l’accouchement prématuré et du décès de notre fils immédiatement avec notre famille et nos proches et j’ai annoncé assez rapidement la nouvelle publiquement. Il me semble que partager et parler de la mort permet une guérison plus rapide.

La mort n’est pas quelque chose de négatif. C’est un passage vers une autre vie, une transformation. Elle est un passage qui permet à l’âme d’évoluer. Et pour les personnes qui restent, elle permet d’importants apprentissages. Dans cette optique, la mort est un cadeau qui nous permet de vivre un amour éternel avec la personne décédée.

Voici ce qu’en dit Sylvie Ouellet dans son livre « Ils nous parlent…entendons-nous ? » :

« L’amour est sans couleur, sans odeur, sans religion et sans visage. Il est à la fois la toile de fond qui unit tous et chacun des éléments séparés. Et en son nom, la magie de la vie s’opère même dans la mort. »

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L’entourage ne sait pas toujours quoi dire. Certaines personnes préfèreront ne pas parler du bébé pour ne pas vous blesser. Certains parents en deuil pourraient y voir une confirmation de leur échec. Ils n’ont pas réussi à faire ce que tout le monde peut faire.  Leur estime diminue et certains se relancent rapidement dans une nouvelle grossesse pour se redonner une bonne image.

Nous avons participé à un groupe de parents vivant un deuil périnatal et j’ai été très étonnée de voir que plusieurs couples s’engagent dans une nouvelle grossesse dans les mois qui suivent le décès de leur bébé. On constate alors souvent plusieurs échecs. Un couple avait perdu 4 bébés en 2 ans. Il me semble essentiel d’être guéri à tous les niveaux (physique, mental, émotionnel et spirituel) avant de pouvoir accueillir un nouveau bébé. Le fœtus est extrêmement sensible aux sentiments de sa mère.  Il est donc important de prendre soin de soi et de retrouver l’estime de soi avant une nouvelle grossesse pour éviter d’importantes répercussions psychologiques pour le nouvel enfant.

La perte d’un enfant peut également impacter la confiance en soi dans d’autres domaines comme le couple, le travail… L’un des conjoints pourrait penser que l’autre l’aime moins à cause de ce qui s’est passé.

Chacun vivant son deuil différemment, il est important de ne pas vous comparer à votre conjoint. Peut-être que l’un de vous pleure plus, à plus de mal à remonter la pente. Cela ne veut pas dire qu’il est plus faible que l’autre. Chacun exprime ses sentiments d’une façon différente. Pleurer n’est pas un signe de faiblesse. Être capable de montrer votre vulnérabilité est une grande force.

Voici une activité pour augmenter votre estime de vous après un deuil :

  • Faites la liste de tout ce que vous avez  fait pour votre bébé, pour la personne décédée. Qu’avez-vous mis en place avant, pendant la grossesse et après pour être une bonne mère ou un bon père ?
  • Faite également la liste des efforts que vous faites pour traverser votre deuil et pour voir la vie de façon positive.

image estime de soi

Dans mon article précédent, j’ai beaucoup parlé de la responsabilité et du fait que nous sommes responsables de tout ce qui se passe dans notre vie. En lisant les commentaires, j’ai remarqué que cette notion de responsabilité est difficile à comprendre pour certaines personnes. J’aimerais vous partager une citation que j’ai découvert il y a quelques jours et qui confirme ce principe. J’espère qu’elle pourra vous apporter un éclaircissement complémentaire.

« Ton âme te guide vers l’opportunité qui te fera expérimenter ce que tu avais prévu. Ce que tu expérimentes présentement dépend entièrement de toi. » Neale Donald Walsh

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Deuil. Sortir de la culpabilité

L’article que je vous écris aujourd’hui est l’article le plus personnel que j’ai écris. Xavier et moi, nous venons de perdre notre petit bébé et je sens que c’est ma mission de partager avec vous et de vous donner un message d’espoir.

Gabriel a décidé de venir plus tôt que prévu. Le 24 mars à 10h57, à seulement 23 semaines et 5 jours, il mesure 30 cm et pèse 700gr. Il ne peut malheureusement pas rester près de moi car l’hôpital n’est pas équipé pour les grands prématurés. Nous avons la chance de le voir à peine 5 minutes avant son départ pour l’hôpital des enfants à Montréal. Il sert mon doigt de sa toute petite main. Il a déjà tant de force. Mon transfert est prévu pour le lendemain. Ses poumons sont encore atrophié et il nous quitte 10h plus tard.

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La responsabilité à la place du sentiment d’injustice

Ne me dites pas que  c’est injuste, ne me dites pas que j’en aurai d’autres, ne me dites pas que c’est mieux maintenant car je ne l’ai pas connu, ne me dites pas de penser à l’avenir (ou de travailler ou de me distraire)…

Je ne considère pas que ce soit injuste car pour moi tout à un sens. Me dire que c’est injuste, c’est me placer dans un statut de victime, c’est m’enlever ma responsabilité.

Attention quand je parle de responsabilité, il ne s’agit pas de culpabilité. Je n’éprouve pas de culpabilité. Je sais que j’ai fait tout ce qu’il fallait pendant ma grossesse qui se déroulait parfaitement. Nous avons très bien réagit en nous rendons compte que quelque chose n’allait pas et nous rendant à l’hôpital immédiatement. Le personnel de l’hôpital a tout fait pour nous sauver le bébé et moi. Personne n’est coupable.

Il y a quelques semaines je parlais justement de cette responsabilité lors de ma conférence sur l’amour de soi.

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Prendre la responsabilité de tout ce qui se passe dans notre vie est l’une des composantes de l’amour de soi.

Cette affirmation a beaucoup choqué une maman qui avait perdu son fils. « Comment pourrais-je avoir choisi la mort de mon fils ? » Je n’ai pas essayé de la convaincre. Je lui ai dit que c’était ma croyance du moment et qu’elle n’était pas obligée d’y adhérer.

Aujourd’hui, j’ai perdu mon fils et je crois toujours en la responsabilité. Avoir un enfant est un engagement et dans tout engagement il y a un risque de perte. Donc oui, j’ai choisi de prendre ce risque. D’un point de vue plus spirituel, je pense que mon âme ou celle de Xavier ou celle de Gabriel ou plus probablement les 3 ont choisi de nous faire traverser cette épreuve afin de pouvoir accomplir notre mission de vie.

Il n’y a pas d’injustice. Nous ne sommes pas des victimes. Ce que nous avons vécu à un sens même si nous ne le comprenons pas encore complètement.

Lors d’un deuil, il est normal de ressentir de la culpabilité. C’est une émotion, ce n’est ni bon ni mauvais mais la culpabilité entraine une perte d’estime de soi. Il me semble donc important de pouvoir s’en libérer.

Vous vivez de la culpabilité si vous ressassez des pensées comme :

  • Si j’avais consulté plus vite
  • Si je m’étais reposée plus
  • Si j’avais été plus présent pour ma femme pendant sa grossesse
  • Comment se fait-il que j’ai pas compris qu’il y avait un problème
  • Si j’avais plus parlé au bébé
  • Si j’avais moins travaillé

Comment sortir de la culpabilité ? ¹

  • Identifier les raisons qui vous font sentir coupable.
  • Ayez une vision objective de la situation en posant par exemple des questions au médecin ou à une infirmière.
  • Ne refouler pas les pensées de culpabilité. Accueillez-les comme tout autre émotion.
  • Exprimez vos pensées. Trouvez une personne (conjoint, ami, famille, professionnel) à qui vous pouvez parler de votre culpabilité.
  • Reconnaissez votre imperfection. « J’ai fait de mon mieux avec les connaissances que j’avais à ce moment là »
  • Ne vous torturez pas. Rien ne prouve que le résultat aurait été différent si vous aviez agi différemment.

Le processus du deuil

Il existe plusieurs théories sur les étapes du deuil. Personnellement, j’aime me référer à celle de la psychiatre Élisabeth Kubler-Ross. ²

  1. Le choc (la sidération) : vous venez d’apprendre la nouvelle et vous ne comprenez pas ce qui se passe.
  2. Le déni : ensuite vous allez nier la gravité de la situation. Vous vous dites : « Ce n’est pas possible ! », « ça ne me concerne pas. » ou « ce n’est pas grave ». Vous devenez inquiet et vous vous perdez dans vos pensées.
  3. Lorsque vous vous rendez compte que c’est bien réel, vous êtes en colère « C’est injuste ! Pourquoi ça tombe sur moi ? » Certaines personnes à cette étape recherchent un coupable, d’autres culpabilisent et se comportent en victimes.
  4. Commence ensuite une étape de négociation et parfois de manipulation. « Si j’accepte cette situation qu’est-ce que j’obtiens en compensation ? », « Donnez-moi encore quelques jours… ».
  5. Cette étape est suivie par une phase de dépression. « À quoi bon… » C’est le moment du repli et de tristesse. Vous êtes fatigué, vous n’avez plus envie de vous investir. « Je ne sais plus… »
  6. Après un certain temps, vous réalisez avec lucidité que le changement a lieu et vous commencez à penser aux actions que vous pourriez mettre en place et à penser aux conséquences. C’est l’étape de l’acceptation. « C’est la vie… Et maintenant que faire ? »
  7. Vous vous réorganisez et mettez en place des actions concrètes. C’est le temps du réinvestissement. « Je pourrai… », « J’envisage de… ».

Le passage de ces étapes est inconscient. Il peut être très court, quelques minutes ou très long plusieurs années pour un deuil, une perte importante.

Il n’est pas forcément linéaire et vous ne ferez peut-être pas toutes les étapes. Personnellement, les 3 premiers jours, j’ai vécu le choc et le déni. C’est en prenant dans mes bras le petit corps de mon bébé tout froid que j’ai vraiment réalisé qu’il était parti. Je vie depuis un mélange de tristesse (phase de dépression) et d’acceptation. Je n’ai pas (ou pas encore) connu les étapes de colère et de négociation.

Comprendre ces étapes va vous permettre d’accueillir plus facilement ce qui se passe en vous lorsque vous êtes confronté à un deuil ou un changement important.

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La perte d’un enfant peut également entrainer une diminution de l’estime de soi et des problèmes dans le couple. J’aborderai ces aspects dans d’autres articles.

Qu’est-ce qui nous aide à être dans l’acceptation ?

Les croyances que vous avez peuvent être aidantes ou limitantes. Nous avons la croyance que la mort n’est qu’un passage, que l’âme est immortelle et que nous pouvons entrer en contact avec elle.

Être bien entouré et accepter l’aide offerte. Nos amis et notre famille sont très présents (malgré la distance pour la famille qui est en Belgique alors que nous habitons au Québec). Des prières, médiations, bougies, chants ont accompagné Gabriel dès sa naissance. Le personnel de l’hôpital Pierre Boucher de Longueuil a été extraordinaire ainsi que les personnes de la Maison Darche (services funéraires).

Accepter d’être vulnérable et ne jamais oublier que chacun vit son deuil à sa façon. Jamais je n’aurais cru qu’un jour on devrait m’aider à me lever du lit, à me laver… J’ai laissé Xavier s’occuper de moi. Après une césarienne d’urgence, j’ai besoin de repos et de moments de recueillement. Xavier a besoin de se sentir utile et de s’occuper l’esprit.

Exprimer notre ressenti et parler de ce qui s’est passé et du bébé au sein du couple,  à la famille, aux amis…

Rester dans la gratitude. Dès le premier jour, j’ai pris les évènements comme un cadeau au lieu de les voir de façon négative. Toute épreuve apporte des apprentissages. « Merci, mon bel ange Gabriel pour l’enseignement que tu nous donnes. Tu nous as  permis de devenir père et mère, tu as amplifié l’amour que papa et moi avions l’un pour l’autre, tu as amplifié la relation avec ta marraine et mes amies, tu as permis à des amis de différents groupes de se rencontrer, tu nous fais voir l’essentiel, revenir dans le présent pour vivre une heure à la fois, tu nous invites à sortir du contrôle pour accepter la vie avec humilité, tu nous apprends à faire la paix en nous et à rester dans l’amour, tu nous invites à oser prendre notre place, tu nous apprends le courage, tu me permets de dépasser ma peur de la douleur et de prendre conscience que je suis bien plus forte que je le pensais… »

Célébrer la vie. Nous avons fait une première cérémonie à l’hôpital (rien que nous deux et le célébrant) en présence du corps de Gabriel. Nous avons ensuite refait une cérémonie avec la famille et les amis en présence des cendres. A chaque cérémonie, nous avons fait un témoignage en remerciant Gabriel.

20160327_120707Communiquer avec l’âme et l’aider à retourner dans la lumière. Nous avons fait un autel en l’honneur de Gabriel. Nous observons un rituel amérindien pendant 49 jours qui nous permet d’être en paix et d’accompagner l’âme.

J’ai mis en pause mes activités professionnelles pour le moment ainsi que les vidéos sur la grossesse. Je reprendrai les vidéos quand je serai prête et je terminerai la série. Je pense que c’est important de communiquer à ce sujet. Merci de votre compréhension si vous m’avez envoyé des questions, des exercices ou des examens. Je suis aussi peu présente sur les réseaux sociaux. Mes stagiaires font vivre les réseaux en attendant et vous continuerez à recevoir les messages automatiques pour lesquelles vous vous êtes inscrits. Je pense reprendre mes activités à temps partiel la dernière semaine d’avril.

Si vous voulez nous envoyer vos sympathies, merci de le faire en commentaire afin de ne pas encombrer ma boite mail.

 

¹  « Les rêves envolés » par Suzy Fréchette-Pipernil, Éditions de Mortagne, 2005

² « Les derniers instants de la vie » d’Elisabeth Kubler-Ross, Editions Labor et Fides, 1996

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