Archives par mot-clé : créativité

Comment organiser vos idées ?

En 2013, j’ai eu le privilège de répondre à quelques questions de Xavier Delengaigne pour son livre « Boostez votre créativité avec le Mind Mapping ».

dédicace Xavier Delengaigne

Voici mon témoignage mis à jour :

Quels outils utilisez-vous pour capturer vos idées ?

Ma préférence reste le carnet de notes. J’ai plusieurs carnets : un grand à feuilles blanches (permet les dessins et mindmaps) et un petit que j’emporte avec moi.

En fonction de mon inspiration, je prends des notes classiques, je fais des mind maps, des dessins, des collages…

Pour les idées reliées à un projet professionnel ou celles qui demandent beaucoup d’organisation, je retravaille mes notes dans un logiciel comme iMindMap ou Xmind. Les feuilles volantes se perdent et j’ai remarqué que je retourne rarement dans mes cahiers. Je préfère classer les idées importantes dans mon ordinateur. Je peux les classer par thèmes et revenir sur mes mind maps pour les compléter.

Je ne travaille pas directement dans les logiciels car les idées peuvent surgir à tout moment. Généralement, les meilleures idées viennent lorsque je suis au lit (j’ai toujours un carnet sur ma table de nuit) ou en nature. De plus, les associations d’idées sont plus nombreuses lorsque je fais des schémas sur papier.

19.07 (37)

Les bonnes idées reviennent-elles obligatoirement à l’esprit ?

On a souvent tendance à croire que si l’idée est excellente elle restera. Je me suis déjà dit « ça c’est tellement important que je ne vais pas l’oublier, pas besoin de noter » et ensuite l’idée se dissipe peu à peu. Personnellement, si je ne note pas et que je n’en fais rien rapidement (relecture, réflexion, partage avec une autre personne), j’ai tendance à oublier.

Elles deviennent parfois plus claires pendant la nuit. Il m’est déjà arrivé de me réveiller en pleine nuit et d’écrire plusieurs pages ou de me mettre à créer des mind maps.

J’ai besoin d’un temps d’incubation. La réussite d’un projet demande un temps de réflexion et d’intégration (c’est ce que nous apprend le papillon). Quand je travaille sur un nouveau projet, j’essaie de garder quelques jours entre l’organisation sur la mind map et la mise en  pratique. Les jours qui suivent le brainstorming sont généralement riches en idées. Parfois au moment même les idées viennent peu ou ne sont pas très originales, le lâcher prise est très important.

papillon

Les termes organisation et créativité sont-il antinomiques ?

Non, pas du tout ! Je pense qu’ils sont complémentaires. L’organisation est nécessaire à la créativité et vice versa.

Le Mind Mapping d’ailleurs à ce double objectif. Il vise à organiser l’information, à la structurer. Et en même temps, c’est un outil créatif qui permet de trouver de nouvelles idées.

Pareil pour le Mandala, qui permet de lâcher prise, de retrouver l’équilibre en impliquant l’hémisphère droit du cerveau puisque vous coloriez, vous utilisez les couleurs. En même temps, le cercle fournit une structure et donne un sentiment de sécurité. Je pense que l’organisation donne un sentiment de sécurité qui permet à la créativité de s’exprimer pleinement.

mandala

Pour aller plus loin :

Le livre « Boostez votre créativité avec le Mind Mapping » de Xavier Delengaigne

livre boostez votre créativité avec le mind mapping

Formation Mind Mapping

Stage Mandala

Vers un Système d’Information et de Communication « poético – économique » ?

Merci à Sandrine Daraut, enseignante-chercheure à l’Université de Toulouse et poète, pour la rédaction de ce troisième article.

« On peut être poète dans tous les domaines :
Il suffit que l’on soit aventureux et que l’on aille à la découverte. »
Guillaume Apollinaire ; Vitam impendere amori (1917)

Si comme le précisent les artistes, la créativité se révèle dans un rapport intime et personnel à soi-même, dans une prise de conscience individuelle d’une aptitude à l’association d’idées, d’objets, de situations, le plus souvent au hasard des activités quotidiennes, l’accompagnement associé en termes de formation ou d’incubation ne pourra que mieux révéler une composante identitaire, dont chacun pourra tirer profit à sa façon.

De l’intérêt individuel à l’intérêt général ; un processus d’apprentissage de la démocratisation créative et de la liberté d’expression à décrypter

Si l’on peut apprendre en imitant ou, du moins, dans l’intérêt que l’on porte à autrui au travers des relations sociales, si l’on peut s’inspirer dans ses activités de certaines représentations que l’on a de l’action des autres, le Groupe Français d’Éducation Nouvelle (GFEN)[1] dont la devise est « tous capables » ou tout autre mouvement d’enseignement et de recherche en pédagogie pourra, dès lors, donner un élan d’ensemble, visant – en occultant la compétition – à librement expérimenter ses capacités d’invention, de création, d’imagination.

Dans ce cadre, nous nous proposons d’organiser des expositions itinérantes autour de la personnalisation d’un objet du quotidien – dans le champ du déplacement, de l’hébergement, de l’alimentation, du travail, du loisir, … – en fonction de son propre vécu et ressenti en matière de créativité. L’œuvre récoltant le plus d’avis favorable eu égard à la compréhension de la démarche créative ; à l’identification du plus grand nombre par rapport à telle ou telle représentation du processus créatif pourrait aussi être commercialisée.

poésie et économieL’expression d’un avis étant toute aussi optionnelle que la liberté de création et de participation aux projets, reste que l’œil peut se trouver inspiré par la diversité des propositions voire par l’éclectisme culturel. De fait, des combinaisons disciplinaires inédites, des changements de lieux, d’environnement, des inter-relations entre acteurs intervenant dans plusieurs collectifs d’action  -et, pouvant jouer des rôles différents suivant leurs intérêts et les zones d’incertitude[2] qu’ils contrôlent… Autant de sources originales de création, autant de facteurs stimulant l’innovation.

L’économiste Bernard Maris faisait cohabiter, de ce point de vue, cigales et fourmis dans un continuum relatif à la chaîne de création de valeurs intégrant sphère marchande et hasard, loisir, inutilité, don, gratuité, poésie[3].

Notre projet de recherche-action vise, dans ce contexte, à commercialiser un pass créativité, correspondant à une offre touristique participative mettant en avant l’art de rue ainsi qu’une modalité d’hébergement durable de l’innovation – que cela concerne la Recherche et Développement, le secteur culinaire ou celui du bâtiment et travaux publics.

Dans la veine du processus d’incubation consistant à accompagner les entreprises à naître en matière d’hébergement, de conseil et de financement, les participants peuvent « éprouver » une acquisition de compétences et de connaissances in situ qui, en retour, leur serviront à s’impliquer plus largement dans une dynamique socio-culturelle de valorisation des savoirs et savoir-faire, applicables en temps réel.

Ici, au-delà du sens commun, l’individu se définirait donc plutôt dans une perspective d’autonomie située. Certaines circonstances permettent de révéler cette autonomie, tout en la forgeant dans son usage. En ces termes, un élément de gratuité intervenant dans la réalisation de tel ou tel projet augmente les chances de participation potentielle à un événement, tout comme un environnement plus ouvert voire en plein air.

Notre expérience en matière poétique valorise ainsi les scènes ouvertes pour une meilleure adéquation de l’offre et de la demande, tout un chacun pouvant intervenir librement en lisant des vers de son fait ou en interprétant.

Le public peut également demander la lecture ou l’interprétation d’une œuvre particulière. Ce fut le cas, lors du Meeting poétique annuel de l’Asso Passa’tge, le 6 juin 2015, Place Arnaud Bernard à Toulouse ; deux personnes ont souhaité entendre le poème d’Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du Val », écrit en octobre 1870.

Le 6 juin 2015 Place Arnaud Bernard à Toulouse ; morceau choisi...
Le 6 juin 2015 Place Arnaud Bernard à Toulouse ; morceau choisi…

Somme toute, les activités quotidiennes et de terrain intègre des éléments – individuels et collectifs – de créativité.

En effet, les environnements d’action ne sont aucunement régulés par les seuls mécanismes formels de pilotage, tels la hiérarchie. A l’instar de M. Crozier et E. Friedberg[4], nous considérons le fait que les processus organisationnels sont également construits et entretenus à travers des mécanismes d’échange et de transaction, supports de négociation concernant la participation des individus à l’ensemble organisé et leur coopération mise au service de toute structure d’action collective. On ne peut, par conséquent, occulter le montage financier inhérent à la réalisation ; l’un des principes de base de l’économie correspond au fait de consommer ce que l’on produit. Les participants potentiels peuvent, ainsi, adhérer à une association, faire un don sur une plate-forme de financement participatif, s’adresser à des banques de financement, à des fondations, à des entreprises. Par le biais de la taxe d’apprentissage, les entreprises pourraient aussi financer la formation ou l’incubation en partenariat avec les écoles, les universités, pôle emploi… Autant de supports financiers d’apprentissage qui, de la création effective d’un projet jusqu’à son développement rentabilisé, pourraient à leur tour servir d’objets d’investissement – dans une trajectoire d’efficacité.

De l’intérêt collectif à l’intérêt de l’individu ; une prise de conscience symbolique à interpréter

Le collectif d’action est, ici, le support des représentations individuelles qui cristallisent, dans l’événementiel, une unicité psychologique et identitaire permettant ainsi la réappropriation d’une histoire et d’une mémoire.

Une telle prise de conscience individuelle est associée à un sujet apte à interpréter des agissements au regard d’un arbitrage entre représentations et objectifs, relativement à un apprentissage induit par ses actions passées ainsi que ses interactions avec le collectif d’action[5].

Nous faisons l’hypothèse que l’individu ne raisonne pas sur le phénomène lui-même mais, sur une représentation (textuelle, verbale, graphique, …) de ce phénomène qui se présente comme une configuration de symboles (lettres, figure, notes de musique, …). La fonction représentationnelle correspond donc à l’introduction d’un objet mental visant à produire une médiation entre le sujet et le monde. Le sens est donné au sujet par un substitut de l’objet constituant son représentant[6]. Par conséquent, la représentation, en reflétant certaines propriétés du réel – celles que le sujet perçoit de son expérience du réel – permet à ce sujet d’avoir la main sur ses objets mentaux, afin qu’il puisse déterminer ses règles d’action ; et ce, même en l’absence de spécification perceptive. La permanence subjective des éléments pertinents du réel est, de ce fait, assurée.

A côté du sens commun exprimable et formalisable, la prise de conscience correspond – en pratique – à un volet cognitif de réciprocité, eu égard aux cadres d’interprétation par lesquels les individus comprennent et construisent la vie sociale comme ayant du sens, tout en ordonnant leurs perceptions.

Le questionnaire peut, dès lors, constituer un outil théorique et pratique visant à l’expression des représentations, perceptions, expériences, connaissances et compétences individuelles.

De fait, en déclinant le profil d’un créateur potentiel, nous pouvons aussi envisager d’esquisser un Système d’Information et de Communication correspondant à un processus concret d’apprentissage visant à confronter l’offre et la demande territorialisée en la matière. Au gré des rencontres, dans l’observation participante ou dans l’improvisation, les figures clefs de compétences et de coordination émergent d’un nuage de mots intégrant les considérations des acteurs cherchant également à s’approprier cet objet d’étude en tant que support potentiel de débouchés professionnels.

Dans ce cadre, nous souhaiterions plus concrètement organiser une fête de l’entrepreneuriat créatif, afin de réunir les acteurs de l’insertion professionnelle dans le domaine concerné.

Le 12 septembre de chaque année, seul jour du calendrier grégorien directement associé à la créativité poétique sous le patronage de Saint Apollinaire, pourraient donc se réunir les acteurs de l’offre et de la demande dans les champs culturel, artistique et de l’innovation, afin également de promouvoir le secteur créatif auprès des demandeurs d’emploi.

Sous le patronage de l’Unesco, le 21 avril correspond à la journée mondiale de la créativité et de l’innovation.

Les portugais fêtent le 10 juin – jour de la fête nationale – le poète Luiz Vaz de Camões dont l’œuvre la plus connue – Os Lusìadas – glorifie la naissance et le devenir de la nation portugaise.

En Écosse, le 25 janvier, la tradition est de se réunir autour d’un repas correspondant au menu écrit dans le style du poète Robert Burns – le plus connu des poètes écrivant en Scots et ayant surtout adapté ou réécrit des chants populaires issus de toute l’Écosse.

Le Nouvel An Chinois – fête la plus importante dans ce pays –  désigne également la Fête du printemps.

Basant Panchami – fête indienne où les écoliers vénèrent la déesse de la connaissance – est principalement dédiée à l’imminence de l’arrivée du printemps.

Le printemps des poètes… Léopold Sédar Senghor – Premier Président de la République du Sénégal – fut aussi membre de l’Académie Française en tant que célèbre poète ayant approfondi le concept de négritude[7].

Au jour du souvenir de la Première guerre mondiale, est également associée l’œuvre poétique du Lieutenant Colonel canadien John McCrae, In Flanders Fields[8]. Le poème est rédigé à l’occasion des funérailles d’un ami de l’auteur.

Guillaume Apollinaire souhaitait, quant à lui, explorer la créativité, en composant des peintures poétiques à travers ses calligrammes. Cet artiste a, d’ailleurs, étudié le concept même de créativité, dans L’esprit nouveau et les poètes, en 1917. Dès lors, si comme il le dit, « en poésie nous avons des droits sur les paroles qui forment et déforment l’univers », comment ne pas songer à célébrer un tel pseudonyme[9] comme un devoir d’entreprise créative, en réponse à ce précurseur du mélange des genres, dans son soutien à d’autres artistes et son désir d’un renouveau permanent de la forme artistique ? Le fil directeur de son œuvre réside dans une prise en compte subjective de l’environnement naturel, au travers d’un réalisme émotionnel assorti d’une spontanéité narrative ; et ce, dans un mouvement de simultanéité.

Il est, en outre, mort pour la France le 9 novembre 1918, antérieurement blessé à la tempe par un éclat d’obus, alors qu’il lisait le Mercure de France[10], dans sa tranchée.

Serait-il, ainsi, symboliquement et concrètement possible – pour la Saint Apollinaire, le 12 septembre de chaque année – d’administrer rationnellement et progressivement un peu de poésie pour « soigner » une économie en crise, en organisant des rassemblements festifs pour mettre en avant des projets d’entrepreneuriat créatif en phase de création ou de développement ? C’est d’ailleurs en ce sens que circule cette initiative de pétition, qui pourra, à son tour, être associée à un concours d’idées – visant à proposer des illustrations de la possibilité de créer un tel lien didactique et dialectique entre économie et poésie.

livre sandy dard

Article Sandrine Daraut

[10]     Le Mercure de France est une revue française, dans le genre politique mondain et littéraire, fondée en 1672 et disparue en 1965 – d’abord publiée sous le nom de Mercure galant faisant encore suite au Mercure français, première revue française à voir le jour – et qui a évolué en plusieurs étapes avant de devenir une maison d’édition,  dès la fin du 19ième siècle.

[9]     La négritude est un courant littéraire et politique créé durant l’Entre-deux-guerres, rassemblant des écrivains francophones dont la peau est noire, comme Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas, Guy Tirolien, Birago Diop et René Depestre notamment. Lié à l’anticolonialisme, le mouvement influença par la suite nombre de personnes proches du Black Nationalism, affirmant l’unité fondamentale des populations africaines ou d’origine africaine et s’étendant bien au-delà de l’espace francophone.

[8]     Inspirée par ce poème, le professeur américain Moina Michael prit la résolution en 1918 de porter un coquelicot tout au long de l’année pour honorer les soldats tombés au champ d’honneur. Elle écrivit par ailleurs en réponse un poème intitulée « We shall keep the faith ! ». Elle distribua des coquelicots en soie à ses pairs et fit campagne pour le faire adopter comme symbole officiel du souvenir par l’American Legion. Anne E. Guérin assista à la Convention du 29 septembre 1920, où l’American Legion accepta la proposition de Moina ; elle en conçut l’idée de vendre des coquelicots en tissu dans sa France nationale, pour lever des fonds à destination des veuves et orphelins de guerre. En 1921, Anne Guérin envoya des vendeurs de coquelicots à Londres peu avant l’anniversaire de l’Armistice, attirant l’attention du Maréchal Douglas Haig. Co-fondateur de « The Royal British Legion » – organisation caritative à destination des vétérans et de leurs familles – Haig encourage la vente de ces coquelicots. La pratique se répand rapidement à travers l’empire britannique jusqu’au Canada, en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud, où la fleur se porte les jours précédents le 11 novembre. En Australie et en Nouvelle-Zélande, le coquelicot – porté les jours précédents le 25 avril – est associé à la commémoration de la sanglante bataille de Gallipoli qui opposa les troupes australiennes, néo-zélandaises et l’armée ottomane en 1915. On commémore également, ce jour de l’ANZAC, l’engagement des troupes néo-zélandaises et australiennes en France et en Belgique, lors de la première guerre mondiale.

[7]     Ce pseudonyme est dérivé du prénom du grand-père maternel du poète – Apollinaris – qui rappelle Apollon, Dieu de la beauté, de la lumière et des arts.

[6]      Sandrine Daraut, Systèmes d’information et apprentissage : essai d’une épistémologie, Sarrebruck : Éditions Universitaires Européennes, 2015.

[5]    Paolo Viviani, « Fonctions de prise d’information et d’exploration », in Piajet J., Mounoud P., Bronckart J.P. (sous la direction de.), Psychologie, Paris : La Pleiade, 1987.

[4]    Op.cit, 1977.

[3]     L’organisation et son environnement sont porteurs d’incertitude. Ces incertitudes sont des contraintes que les acteurs les plus performants vont pouvoir intégrer dans leur jeu en faisant un choix stratégique d’action. Ce n’est donc pas l’incertitude elle-même qui peut troubler l’organisation mais bien le refus de l’agent de l’intégrer. Stratégiquement, chaque acteur peut créer une zone d’incertitude et en obtenir le pouvoir. C’est là que réside le jeu des relations interpersonnelles généré par l’organisation. Dans l’analyse stratégique, l’incertitude se définit par rapport au renforcement du jeu de l’acteur qui est lui-même défini comme l’acquisition d’une autonomie. Le défaut d’autonomie ou le défaut de choix stratégique, assimilé à une impossibilité de mouvement, est associé à une activité pathogène (Crozier M. et Friedberg E., 1977, L’acteur et le système, Seuil, Paris).

[2]             Bernard Maris, Antimanuel d’économie, Tome 1 : les fourmis ; Tome 2 : les cigales, Paris : Editions Bréal, 2006.

[1]     Le Groupe Français d’Éducation Nouvelle est un mouvement de recherche et de formation en éducation créé en 1922 et intervenant essentiellement au niveau de la formation pour adultes auprès des enseignants et des formateurs. Henri Bassis (1916-1992) résistant, militant communiste, auteur dramatique, rédigea le manifeste de l’éducation nouvelle. En 2001, est introduit le Lien International d’Éducation Nouvelle associé à une synergie des groupes d’Éducation Nouvelle dans le monde entier et dans des langues diverses.

 

Pour soutenir Sandrine, je vous invite à découvrir son projet « relier économie et poésie » sur le site de crowfunding Ulule.

 

La créativité c’est … la vie

J’ai le plaisir de vous proposer aujourd’hui un article de Sandrine Ziosi.

La créativité c’est quoi?

Grande question…

C’est à la mode, ça au moins on en est sûr, il faut créer sa vie, être créatif pour faire la différence face à la concurrence quel qu’elle soit, être créatif pour nourrir la famille avec autre chose que des nouilles à la fin du mois, rester toujours plus créatif dans sa vie de couple pour garder la flamme…. Mais pas trop sinon on sort du cadre et l’on devient « flyé », ésotérique, « artiste »… ça fini par être fatiguant vous ne trouvez pas?

Finalement la créativité, je crois que c’est la vie, tout simplement, celle que chacun se crée, celle qui chaque matin vous fait lever et démarrer la journée.

Création FéMo - www.ofildesoi.ca
Création FéMo – www.ofildesoi.ca

Savez-vous la déployer, l’utiliser, la développer cette créativité en vous?

Savez-vous comment faire de vos journées des voyages quotidiens amplis de découvertes, de défis, d’apprentissages, de rencontres?

Parfois notre créativité est en dormance, on l’a oublié, bannie, mise de côté parce qu’il faut travailler pour vivre, nourrir les enfants, payer les factures, … du coup on croit qu’on n’en a pas, que c’est du pipeau, un truc marketing pour nous faire croire.

J’ai malheureusement une mauvaise nouvelle pour vous… dans ces moments là, vous savez quoi? Votre créativité est toujours là, et je dirais même que c’est elle qui manifeste ces résultats dans votre vie…

Votre créativité c’est la richesse de votre inconscient, sa façon de communiquer avec vous, de répondre à vos demandes.

Pas celles qui disent « j’en peux plus, je veux plus d’argent, plus de temps, moins de travail, moins de stress, j’en ai marre… », votre inconscient est bien plus subtil que ça, lui ce qu’il voit ce sont les images de fatigue, lassitude, de manque que vous vibrez en verbalisant ces demandes… alors il répond à l’ordre, il en crée encore plus. Ce ne sont pas tant les mots que vous prononcez que l’énergie et la vibration que vous ressentez en disant ces mots qui sont importants.

Seulement il y a une bonne nouvelle, vous ne voyez pas?

Et bien si vous êtes capables de manifester plus de ce que vous ne voulez pas juste parce que vous le vibrez… imaginez si vous changiez cette vibration… 🙂 et oui, la magie est là.

 Création FéMo - www.ofildesoi.ca
Création FéMo – www.ofildesoi.ca

Aujourd’hui nos connaissances en neuro-sciences, en physique quantique, en psychologie, nous apportent les notions de plasticité cérébrale, de réalités parallèles et d’observateur, de psychologie positive et psychologie de la santé, et tout ceci nous suggèrent une piste de solution.

C’est en étudiant et évaluant ces différentes approches dans ma propre vie que j’ai crée l’approche en coaching TSI (Thérapie Symbolique Intuitive). Oh je n’ai rien inventé, j’ai décidé de créer ma vie consciemment, de choisir mes croyances portantes et d’éliminer graduellement les croyances limitantes qui m’empêchaient d’avancer.

Je vous explique succinctement (et de façon très simplifiée):

Plasticité du cerveau : notre cerveau évolue en permanence et nous pouvons changer nos circuits neuronaux pour en créer de nouveaux, plus appropriés. Soit un changement d’habitudes et de croyances.

Réalités parallèles et notion d’observateur : en physique quantique le temps et l’espace sont indéfinis, toutes les réalités existent en même temps et c’est l’observateur, qui, en en choisissant une va définir sa réalité du moment.

Nos pensées conscientes et inconscientes vont donc attirer des vibrations identiques qui vont se matérialiser.

Psychologie positive et psychologie de la santé : la maladie est la manifestation d’un conflit interne ou d’un traumatisme qui n’a pas été accueilli. Nos pensées négatives et ressassées de cet évènement ont matérialisé un inconfort physique pour libérer le stress.

Basée sur la combinaison de ces données, et puisque vous savez créer tout ça dans votre vie sans y penser, imaginez que vous décidiez, aujourd’hui, de prendre votre créativité en main, d’en faire une alliée puissante pour manifester la vie que vous voulez…

Alors bien sûr cela ne se fera pas du jour au lendemain, tout votre corps, votre esprit, votre âme fonctionnent de la même façon depuis toujours, ce qui a probablement été pertinent à un moment, mais qui ne l’est peut-être plus aujourd’hui pour vous.

En laissant libre cour à votre créativité artistique (vous savez ce truc bizarre que l’on faisait naturellement enfant : peindre, dessiner, jouer avec les couleurs) et bien vous redonnez la voix et vous ouvrez la voie à votre créativité consciente.

atelier créatifOuvrir cet espace en TSI dans un environnement sécurisant, ouvert et accueillant, et vous permettez à votre inconscient de vous transmettre les messages qu’il a pour vous et en jouant avec lui, en agissant sur l’œuvre que vous créez, et bien elle devient métaphore de votre vie, métaphore de vos envies, et le chemin s’éclaire alors des lumières et des couleurs que vous souhaitez y voir.

Sandrine Ziosi
www.ofildesoi.ca
www.facebook.com/Ofildesoi

Redessine-moi une ville. Notre expérience à Genève

J’ai plaisir de vous proposer un second article de Sandrine Daraut, enseignante-chercheure à l’Université de Toulouse et poète.

La région bruxelloise comme une projection territoriale opérée par les touristes et les habitants, BIP EXPO. Experience Brussels !, mai 2015.
La région bruxelloise comme une projection territoriale opérée par les touristes et les habitants, BIP EXPO. Experience Brussels !, mai 2015.

Lorsque nous nous référons à la Suisse, nous pensons naturellement aux banques et assurances, aux montres, au chocolat.

Mais, derrière le fait qu’un hôtel puisse proposer aux touristes une carte de transport gratuite sur tout le réseau genevois ; et ce, pendant toute la durée de leur séjour, n’y aurait-il pas une volonté de casser cette image de pays uniquement associé aux voyages d’affaires, aux placements financiers « paradisiaques » ?

En nous attribuant le statut d’invité, la ville de Genève ne nous solliciterait-elle pas indirectement pour donner à voir quant à nos aspirations touristiques, au-delà des clichés de carte postale ?

Le pass transport gratuit à Genève, avril 2015.
Le pass transport gratuit à Genève, avril 2015.

La gratuité ; un gage de créativité

 La gratuité des moyens de transport peut permettre de se jouer des distances et du temps alloué à la visite. Les allers-retours pour un achat, pour prendre une photographie, … ne sont pas considérés d’un point de vue négatif. Le superflu dans d’autres circonstances se trouve, ici, quelque peu revalorisé au profit d’une harmonisation, sur le lieu de passage, entre découverte et préférences, identités culturelles.

Dans cet environnement, chemin faisant – dans une perspective de « stratégie tâtonnante » (Avenier, 1997), là où raisonnement et déplacement physique peuvent se rejoindre tout en restant fondés sur un principe d’intention en permanence reconsidéré à l’aune du contexte qui se dessine – nous avons croisé l’enseigne Philippe Patek, associée au musée de la montre à Genève. A cet endroit, nous avons été fort aimablement informés quant à la localisation effective du musée, indication accompagnée d’une invitation gratuite pour la visite.

Cette double gratuité met le choix au centre des préoccupations individuelles, à la croisée des dynamiques d’apprentissage in situ et des capacités autant liées aux connaissances, aux compétences qu’à la volonté, aux efforts de chacun.

Aussi, fermer les yeux, s’asseoir où cela nous chante, respirer bruyamment… Autant de comportements pour se ressourcer que nous pouvons mettre en adéquation avec un milieu dans lequel reste à se positionner, en toute liberté et à des fins de bien-être (en dehors de la satisfaction des besoins primaires).

Dans un environnement librement choisi ou dans des aires plus isolées renvoyant davantage à la sensibilité personnelle, il semblerait également plus aisé de trouver l’inspiration, un cheminement de vie présente qui nous correspondrait davantage, suivant l’optique d’une meilleure compréhension des éléments à mobiliser dans une situation d’apaisement.

Dans une perspective analytique plus exhaustive – intégrant également le temps de la réflexion et du recul pour envisager plus globalement le contexte décisionnel – la gratuité serait aussi le gage d’une démocratisation de l’accès à l’objet culturel ; ce qui peut donner l’envie de donner son avis, suivant ses propres goûts et aspirations. Ainsi, pas besoin de visa pour participer à une fête de quartier organisée par les comités et les associations correspondantes !… On apporte un poème, son instrument de musique, un plat à partager ; alors qu’à l’instar de Bernard Maris, nous envisageons la création de valeur à la lueur de la gratuité, du don, de l’insouciance, du plaisir, de la recherche désintéressée, de la poésie, de la création hasardeuse (Maris, 2006).

Dans la seconde partie de cet exposé, nous pourrons par conséquent mettre en avant la possibilité d’une modulation du Système d’Information et de Communication touristique, au travers de variations proposées par les touristes eux-mêmes.

Le Système d’Information et de Communication touristique comme support et objet d’apprentissage

Dans toute ville, nous trouvons des plans avec l’indication « vous êtes ici », des affiches, un fléchage des principaux monuments proposés à la visite… De tels supports d’information facilitent, avec le temps et la gratuité des déplacements, une possible réappropriation individuelle du patrimoine urbain culturel. En effet, dans un tel contexte, l’œil pouvant se focaliser sur des espaces d’originalité, des détails, il est aussi possible de prendre plus de temps pour une lecture plus attentive de la signalétique correspondant à la localisation des édifices culturels, à la communication relative aux événements, …

Dans ce cadre, la puissance publique locale, les décideurs – entre autres parties prenantes – en matière de politique urbaine et de développement local peuvent, à leur tour, amener, informellement et indirectement, le voyageur sur le chemin d’une découverte active. Pour ce faire, une démarche ciblée, rationalisée et formalisée consiste à localiser des espaces liés à l’expérimentation contemporaine dans le champ artistique à proximité d’édifices culturels dont la renommée n’est plus à faire. A Genève, dans la rue où se trouve le musée de la montre, nous avons pu entrer librement dans deux galeries d’exposition (la porte était ouverte). Dans l’une, nous trouvions au mur diverses formes de pavages, aux couleurs différentes ; peut-être une invitation à créer des mosaïques…

Point de direction jusqu’au second lieu d’exposition, où une personne nous proposait des explications, avec une invitation simultanée à remplacer un objet posé sur un rectangle blanc par un autre en notre possession.

Élément participatif d'une exposition dans une galerie d'art genevoise, avril 2015.

Élément participatif d’une exposition dans une galerie d’art genevoise, avril 2015.

Le support de participation donne, dès lors, à voir quant à la possibilité de se jouer de l’aspect directif, en objectivant notre passage en fonction d’un ressenti ambiant « ici et maintenant ». De ce point de vue, les règles ne permettant aux individus d’agir ensemble et en harmonie que si elles peuvent elles-mêmes faire l’objet d’ajustements contextuels, les autorités locales peuvent justement convaincre des potentialités économiques d’une ville ou d’une région à travers la liberté des « petits » acteurs. Partant, si donner libre cours à son imagination, c’est aussi se donner la liberté d’exister, de s’exprimer et d’être en tant qu’individu souhaitant améliorer l’esthétique de son environnement à travers sa curiosité (Léo Burnett), ou bien son aptitude et les opportunités relatives au fait de relier des expériences entre elles (Steve Jobs), une telle approche créative serait indissociable d’un processus individuel permettant une prise de conscience quant à la capacité d’agir et de détenir davantage de pouvoir. Ainsi, le néologisme québécois « capacitation » a fait son apparition en tant que fil directeur « à la mode » concernant les politiques de quartiers. Or, dans les faits, institutions et élus ne sont guère habitués à partager un pouvoir centralisé (Zappi, 2013)…

Mais, le retour sur expériences passe aussi par des albums photos originaux, des discours et des projections vidéo sortant des sentiers battus – même dans un cadre familial – ou encore, via les réseaux sociaux, au travers de thématiques assez hétéroclites faisant intervenir divers groupes d’intérêt et de discussion, à l’origine du nuage de mots pouvant en partie servir à la modulation du Système d’Information et de Communication en question.

En retour, un tel processus de réappropriation du Système d’Information et de Communication existant peut devenir un support expérimental pour les résidents. La symbolique d’une ville, les ressentis ambiants et émotionnels qu’elle peut véhiculer peuvent inviter ses habitants à devenir touristes sur place (Terrin (Dir.), 2012 ; Chantelot, 2013), tout en réfléchissant à un cheminement créatif en partenariat avec les supports d’apprentissage que peuvent constituer les offices de tourisme.

Nous pouvons également noter l’affirmation d’une volonté d’intégrer les habitants dans une mise en valeur des sites mise au service d’un développement économique, social et culturel local. D’un tel point de vue, la démocratie participative s’inscrit dans une démarche de réflexion avec les habitants sur le sens que tel ou tel aspect de politique culturelle peut prendre dans leur vie et dans leur ville. L’UNESCO en prenant conscience de la nécessité d’améliorer et d’élargir l’offre touristique relativement à la saturation de certains sites, peut également initier une réévaluation du rapport à l’habitant (Maria Gravari-Barbas, directrice de la chaire Unesco « Culture, Tourisme, Développement »).

En ces termes, la problématique à traiter est aussi celle des modalités d’intégration de la créativité dans la vie quotidienne. Le lien socio-économique pourrait passer par la mise en œuvre d’un relais entre propositions « artistiques » et valorisation de l’environnement associé à l’accompagnement ainsi qu’au financement de tel ou tel projet culturel. Partant, la créativité permettrait de redessiner la ville à l’image d’un pôle d’économie sociale et solidaire, où tout le monde pourrait trouver sa place dans son intention de trouver ou retrouver un équilibre harmonieux entre un projet de vie personnel et un environnement intégrant la démocratie participative.

Nous pouvons, d’ailleurs, observer la possibilité d’une offre touristique faite par les habitants eux-mêmes, encadrée par une charte à adopter. Ainsi, sur la toile, les visiteurs-acteurs proposent leurs propres agrégats touristiques – fruits de leurs expériences et consistant en un produit personnalisé assorti de leurs avis. Ce sont, aussi, les ambassadeurs d’un art de vivre, aspect attirant selon Evelyne Lehalle – Directrice du blog de tourisme culturel N(ouveau) T(ourisme) C(ulturel) – 80 pour cent des visiteurs…

« Marcheur, il n’y a pas de chemin, le chemin se construit en marchant… » Antonio Machado, 1917 (traduction).

 

Article Sandrine Darault

 

ELEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES

 Avenier, M-J. (dir.). 1997. La stratégie chemin faisant, Paris : Éditions Economica.

Chantelot, S. 2013. « L’air de la ville rend-il créatif ? », Métropolitiques, 22 février.

Maris, B. 2006. Antimanuel d’économie, Tome 2 : les cigales, Paris : Editions Bréal.

Terrin, J-J. (dir.). 2012. La ville des créateurs, Paris : Éditions Parenthèses.

Zappi, S. 2013. « L’  « empowerment », nouvel horizon de la politique de la ville », Le Monde.fr, 7 février.

 

 

La créativité; un passeport pour la vi(ll)e?

J’ai plaisir de vous proposer un article de Sandrine Daraut, enseignante-chercheure en sciences économiques et poète.

La créativité; un passeport pour la vi(ll)e?

Le cas des manifestations poétiques de rue

livre anti manuel d'économie

Même si les artistes sont les témoins privilégiés des processus créatifs territorialisés, tout un chacun peut mobiliser cette part d’inné – « naturellement présente en chacun de nous » (C. Delhoye, 2011,  www.nomadity.be/blog_creativite) – pour, à travers sa liberté d’expression, sa capacité d’anticipation, ses diverses expériences et réprésentations – individuelles et collectives – proposer une réponse contextualisée originale – dans une perspective de développement local, à l’échelle d’une vie.

Un collègue post-doctorant à qui l’on demandait de donner sa propre définition de la créativité dans une perspective épistémologique, de rétorquer que cela lui paraissait difficile, étant donné que selon lui,  » la créativité, on la vit ».

Pour que l’air de la ville favorise la créativité, il faudrait donc laisser le citadin respirer et s’exprimer, chemin faisant, dans ses domaines de prédilection et de référence créatives. Comme le commente justement S. Chantelot par rapport à la problématique de la relation entre décideurs locaux et créateurs en milieu urbain, « la nécessité de structurer une démarche qui prend de l’ampleur se confronte à des risques d’institutionnalisation et d’inertie incompatible avec la liberté créative » (Chantelot 2013).

Dans un second temps, nous pourrions, par conséquent, envisager des modalités d’encadrement et d’incitation mieux adaptés aux mises en oeuvre tout comme aux projets créatifs.

Une approche contextualisée de la poésie; d’une identité territorialisée à travers le contexte d’apprentissage créatif

Pratiquant la poésie depuis une vingtaine d’années maintenant, par le biais d’ateliers de création littéraire, de publications dans des revues d’écriture, de l’auto-entrepreneuriat…

Et sous le pseudonyme Sandy Dard, nous avons souhaité connaître les tenants et les aboutissants du phénomène d’inspiration dans ce domaine artistique, en incitant, tout un chacun, via les réseaux sociaux, à livrer sa propre vision de l’art poétique. Nous avons associé cette démarche à une définition événementielle[1]; nous avons simultanément créé une page Facebook. Le fil de la discussion repose, d’une part, sur des relances relatives au suivi des réponses; d’autre part, sur des illustrations de notre fait.

Une petite fille nous donne la définition du poète, qu’elle a apprise en classe[2].

On nous parle, tour à tour, de signes entre ciel et terre, d’un film, de la couleur bleue, … Alors que, par la suite, nous avons publié une photographie de livres pour enfants, rangés dans des caisses devant une librairie de la première cité française du livre – Bécherel.

Cette dernière action a suscité l’émoi de l’une des employés de Nouvelles Frontières – l’un des partenaires du projet – qui ne parvenait pas à faire le lien avec la raison d’être du site; à savoir la vente de voyages. Nous avons, dès lors, ré-expliqué l’objectif de ces posts et la recontextualisation a pu s’opérer, des livres préférés de ses enfants aux voyages préférés de ces derniers.

C’est bien que l’appréciation d’une lecture, d’un visuel se fait en contexte; un lien, un lieu de vie qui disparaît en ne faisant plus qu’un avec l’idéal poétique mis en avant…

L’aspect contextuel renvoie, partant, pour le répondant, à une réalité qui lui correspond, qui lui parle, qui l’inspire; en termes de représentations, d’émotions, de vécus, de goûts, de valeurs.

Les nouveaux réalistes vont jusqu’à dire que le monde ne peut exister qu’à travers notre imaginaire et notre aptitude à trouver, à créer de nouvelles explications, de nouvelles orientations sensorielles et signifiantes (Gabriel, 2014).

Le territoire constitue alors un élément d’objectivation en tant que trait d’union entre des lieux d’expression, d’intégration, de création, d’observation et un élément de synthèse collective innovante, qui renaît dans une réflexion aux interstices du Système d’Information et de Communication mis en jeu.

Ville et créativité; d’une nécessaire adaptation des moyens de coordination aux contextes d’action créative

Le jour J – le 22 mars 2014 – nous avons improvisé; le GENEPI, une association étudiante visant à recréer du lien entre des personnes incarcérées et la société civile, proposait simultanément une œuvre renvoyant aux difficultés d’exister en prison, en tant qu’être vivant au quotidien.

Auparavant, d’ailleurs, un collègue docteur m’a suggéré sur le moment, de modifier l’intitulé de l’événement, pour mieux l’associer à la tendance actuelle du buzz internet; ce serait plutôt une « Happy poetry party »…

Mais sur le terrain, certains observateurs et participants de n’avoir tout simplement jamais entendu parler de poésie… Nous avons donc mobilisé le référentiel étymologique; en grec, poème se dit « poiêma », mot tirant lui-même son origine du verbe « faire » – poieîn en grec.

Aussi, un lieu donne et prend vie suivant le cadre, de façon plus ou moins durable, en fonction du partage des savoirs et des savoir-faire de chacun, au fil de rencontres, de propositions qui, dans une optique constructiviste ou de l’enchevêtrement du réel, associent la créativité à une relation processuelle continue entre apprentissage et compétences. Un tel processus est « anarchiquement » régulé par un schéma représentationnel formant et réorganisant la réflexion individuelle – à l’aune d’une ouverture, d’un mélange, d’une comparaison au contexte d’action (Biausser 2007).

En retour, les politiques publiques sont garantes d’une socialisation sécurisée, à travers laquelle des acteurs-réseaux peuvent intégrer la diversité ambiante (Daraut 2010). Selon R. Florida (2003), un territoire serait d’autant plus marqué par cette diversité culturelle, artistique et de loisir, qu’il est considéré comme un support et un objet d’attractivité pour les créatifs, les innovateurs, les entrepreneurs.

Lors du meeting poétique annuel, organisé par l’Asso Passa’tge, nous avons également pu toucher du doigt comment, à travers le mélange des genres – toujours poétiques[3] – le procédé de scène ouverte et la gratuité, la liberté d’expression reprend ses droits dans une volonté de comprendre, d’inclure voire de recontextualiser le contexte d’intervention.

MP

A l’occasion d’un « Flash Event », organisé par nos soins le 20 mars 2013[4], nous nous sommes malgré tout heurtés à l’incompréhension d’un musicien de rue, qui avait l’habitude de s’installer à notre place. Quelques pièces n’ont pas fait l’affaire pour expliquer qu’il devait y avoir de la place pour tout le monde dans « la rue des arts »…

FE

Dans la perspective du don et du contre-don, le contexte peut donc jouer un rôle de régulateur collectif de la créativité, en tant que moyen d’inscription, dans la ville, d’une aptitude individuelle ou de groupe à réaliser une production conceptuelle ou concrète originale, novatrice et insolite pouvant, de surcroît, servir à solutionner un problème, via une adaptation au contexte de découverte.

Au croisement des espaces d’accueil tout comme en situation de sédentarité, la résultante, en aval de la créativité, constitue l’innovation, en tant que constituant et construit existentiel émanant d’une prise en compte individuelle – à travers le prisme territorial – d’un référentiel collectif d’apprentissage, d’information et de communication en matière de créativité.

Et, comme le poète pourrait aussi être le témoin des vicissitudes de son temps, nous voyons se développer aujourd’hui d’autres projets visant à faire du citoyen lambda le principal acteurs des projet créatifs. Par exemple, la Fondation d’art contemporain Espace Ecureuil à Toulouse a laissé, il y a peu de temps, carte blanche au public en l’incitant à apporter et exposer son œuvre d’art favorite dans l’espace dédié, Place du Capitole, tout en expliquant ce choix en une vingtaine de lignes.

Ce phénomène nous incite d’autant plus vigoureusement à conduire une enquête individuelle par questionnaire, dont l’objectif premier serait d’associer à la créativité, une esquisse de profil individuel, un nuage de mots, une base de données des compétences offertes et demandées, une esquisse d’un système d’information et de communication synthétisant les variables de coordination mises en jeu; suivant en cela l’une des perspectives du projet européen – Transcreativa – cherchant à mieux concilier transferts technologiques et cohésion sociale, dans le domaine créatif.

Sandrine Daraut

Références bibliographiques

Biausser, E. 2007. Le projet constructiviste, une forme fractale d’apprentissage collectif, Colloque Constructivisme et éducation, septembre, Genève.

Chantelot, S. 2013. « L’air de la ville rend-il créatif? », Métropolitiques, 22 février.

Daraut, S. 2010. « Des dynamiques de capitalisation de la connaissance: de l’apprentissage au talent », Télescope, vol. 16, n°1, p. 130-145.

Florida, R. 2003. The Rise of the Creative Class, New York: Basic Books.

Gabriel, M. 2014. Pourquoi le monde n’existe pas, Éditions JC Lattès (trad.).

indexfourm

[1]    http://cafe-powell.com/2014/02/harlem-shake-des-mots-a-toulouse-le-22-mars/

[2]    Un poète

C’est un être unique
A des tas d’exemplaires
Qui ne pense qu’en vers
Et n’écrit qu’en musique
Sur des sujets divers
Des rouges et des verts
Mais toujours magnifiques (Boris Vian).

[3]    Un participant demande à changer de thématique; certes la musique est aussi poésie, mais dans ce cadre-là elle ne sert que d’accompagnement. Les organisateurs et modérateurs ne font que rappeler le fil directeur de l’événement.

[4]    Devant la façade de l’ex – Castéla, Place du Capitole à Toulouse, il s’agissait autour des deux ouvrages « Indignez-vous » (Hessel 2010) et « Petit guide à l’usage des peuples » (Dard 2008) d’écrire un slogan vivant – avec ces livres et nos mains – afin d’attirer l’attention du plus grand nombre sur la crise touchant le commerce culturel de proximité tout en rendant hommage à Stéphane Hessel.