Apprendre à se connaître : 9 exercices (neurosciences)
Vous est-il déjà arrivé, à deux heures du matin, de tourner en boucle : Qui suis-je ? Comment apprendre à me connaître ? Qu’est-ce que je veux vraiment ?
Au milieu des injonctions – il faut / tu dois – qui saturent TV, radio, pubs, réseaux sociaux, il devient difficile de distinguer ce qui vient de vous de ce que la société attend.
La psychologie sociale montre que nous nous alignons souvent sur la norme et que le besoin d’appartenance pèse lourd : ces forces peuvent façonner nos pensées, nos comportements et nos croyances sans que nous nous en rendions compte.
Faut-il en conclure que « mieux se connaître » est impossible ? Non.
Cet article propose une approche simple, inspirée des neurosciences et de la psychologie : des principes clairs et 9 exercices, organisés en 4 axes, pour faire émerger une connaissance de soi utile et durable.
Si la neuroplasticité est nouvelle pour vous, explorez exercices de neuroplasticité (guide pas à pas).
C’est parti !
Pourquoi apprendre à se connaître (vu par la science)
Apprendre à se connaitre est quelque chose de difficile : nous passons vite en pilotage automatique, nous réagissons plus que nous ne choisissons, et nos appartenances influencent souvent nos décisions.
Bref, nous avons tous des angles morts.
Mais… le cerveau est plastique. Autrement dit, la connaissance de soi évolue et peut s’ancrer : ce que vous observez, pratiquez et répétez avec attention s’ajuste progressivement dans le cerveau (puis se consolide, notamment pendant le sommeil).
Pour le fonctionnement et les preuves clés, voir Comment reprogrammer son cerveau.
Notre approche de la connaissance de soi consiste donc à cartographier, aujourd’hui, ce qui vous tient à cœur, ce qui vous épuise, vos réflexes sous pression et vos façons d’apprendre. Cette carte est vivante : elle se précise avec l’observation, la pratique et la répétition.
Concrètement, ce que cela change pour vous :
- Vous vous disputez moins (avec vous-même et avec les autres)
- Vous décidez plus nettement (et regrettez moins)
- Vous économisez votre énergie (moins de « oui » automatiques)
- Vous apprenez mieux en jouant avec vos forces et vos bons créneaux d’attention
- Vos habitudes tiennent mieux dans le temps
- Vous vous disputez moins (avec vous-même et avec les autres)
Mieux se connaitre : l’impact de nos appartenances
Avant de passer aux exercices, un point lucide : vos appartenances (parti politique, religion, nation, milieu pro, communauté en ligne…) colorent votre regard. Ce n’est ni bien ni mal, en soi : c’est humain. Mais cela signifie que ce que vous appelez « moi » est parfois… « nous ».
Des travaux classiques en psychologie sociale montrent, par exemple, que des participants approuvent davantage une même idée lorsqu’elle est présentée comme venant de leur camp politique, même après une lecture attentive du texte.
Autrement dit, les signaux d’identité peuvent passer avant les faits, surtout quand l’information est limitée ou ambigüe.
L’enjeu, pour apprendre à se connaitre, n’est donc pas de juger ces appartenances, mais de les reconnaître. Se connaître commence par repérer quand c’est VOUS qui parlez (vos valeurs, vos besoins, votre style), et quand c’est votre GROUPE qui vous tire dans une direction.
9 techniques pour apprendre à se connaître
Pour apprendre à mieux vous connaître, explorez ces 9 techniques en suivant 4 grands axes.
👇 Cliquez sur un thème pour découvrir les exercices correspondants.
Récit de soi & boussole
Votre histoire comme cap : clarifiez ce qui compte, ici et maintenant
Ligne de vie
Valeurs & Anti-valeurs
Forces & carburant
Où vous marchez le mieux : forces visibles, énergie, créneaux de clarté
Forces observables
Carte d’énergie
Profil d’attention
Émotions &
corps
Vos indicateurs
internes : nommer, ressentir, ajuster sans se juger
Atlas émotionnel (3×3)
Boussole corporelle
Contextes & décisions
Comment vous agissez : déclencheurs, modes de choix, marges de manœuvre
Signature SI→ALORS
Style de décision
1. Ligne de vie 5×5 : votre histoire comme boussole
Avant de chercher à vous « définir », regardez votre propre histoire, simplement. Pas pour écrire vos mémoires, mais parce que, souvent, les moments marquants de notre vie révèlent ce qui est vraiment important pour nous, même sans l’avoir formulé consciemment.
La psychologie narrative (Dan McAdams & Kate McLean) montre que la manière dont nous nous racontons notre parcours façonne notre identité, notre motivation, et même notre capacité à faire des choix.
L’exercice est simple, et ne nécessite aucun outil, juste un peu de temps. Il se fait en 2 étapes :
ÉTAPE 1 : Listez 10 moments clés
- Repensez à 5 moments forts (des « pics ») : pas forcément des exploits, mais des moments où vous vous êtes senti vivant, aligné, ou fier de vous.
- Puis à 5 moments plus difficiles (des « creux ») : ceux qui vous ont challengé, déstabilisé, ou remis en question.
Si les mêmes souvenirs ou regrets reviennent souvent en boucle, vous pouvez faire le test de rumination mentale.
ÉTAPE 2 : Pour chaque moment, demandez-vous :
- Qu’est-ce que j’ai ressenti ?
- Qu’est-ce que ça dit de ce qui est important pour moi ?
- Quels besoins étaient en jeu ?
Ex : Défendre un ami en public → fierté → loyauté non négociable
Au fil de cet exercice, vous commencez à tracer ce que McAdams appelle un « fil rouge identitaire » : des thèmes récurrents (ex : transmettre, créer, protéger, explorer) qui donnent du sens à ce que vous vivez… et à ce que vous voulez.
Ces petits indices, mis bout à bout, forment une boussole personnelle.
Elle ne donne pas toutes les réponses. Mais elle vous aide à dire oui/non avec plus de clarté et à sortir du « je ne sais pas » ou du « je fais comme les autres ».
Et rien que ça, c’est déjà une belle avancée dans votre quête !
À retenir : ce n’est pas une vérité figée, mais une carte du moment. Mettez-la à jour en avançant.
2. Valeurs & Anti-valeurs : ce qui mérite votre énergie
On lit souvent « vivez selon vos valeurs »… mais concrètement ? Il s’agit de répondre à une question simple : Qu’est-ce qui mérite vraiment que je m’y investisse (mentalement et émotionnellement) ?
Vos valeurs sont vos repères internes. Elles guident (ou freinent) vos décisions, parfois sans que vous vous en rendiez compte.
COMMENT FAIRE (3 étapes) :
- Choisissez 10 de valeurs qui résonnent : liberté, loyauté, autonomie, justice, curiosité…
- Réduisez à 3 valeurs essentielles : celles qui reviennent dans vos choix, vos enthousiasmes, ou vos agacements.
- Ajoutez 2 anti-valeurs (vos lignes rouges) : injustice, autoritarisme, hypocrisie…
Ce tri simple fait remonter :
- Votre cap (ce qui mérite votre énergie)
- Vos tensions internes qui expliquent beaucoup d’hésitations (ex : liberté vs sécurité, autonomie vs appartenance)
Côté usage : en thérapie ACT, les valeurs servent de boussole en situation pour choisir malgré l’inconfort.
À retenir : vos valeurs évoluent. Reprenez cet exercice aux grandes étapes de vie (nouveau poste, parentalité, reconversion) pour garder une boussole à jour.
3. Forces observables
Demandez à 2 personnes (pro/perso) : « Peux-tu me raconter un moment précis où tu m’as vu(e) à mon meilleur ? Qu’ai-je fait exactement (où, quand, avec qui, résultat) ? »
L’intérêt ici c’est de prendre conscience que votre regard sur vous est biaisé, leurs observations concrètes font remonter vos forces en action, souvent des verbes (expliquer, relier, décider, apaiser…) et des conditions où vous brillez (calme/urgence, petit comité/grand groupe).
Insistez sur le concret (pas de « tu es sympa »). Vous verrez vite des motifs qui se répètent : c’est votre terrain naturel.
Rassemblez les réponses, formulez une phrase-portrait :
« Je suis à mon meilleur quand je [verbe 1], [verbe 2], [verbe 3], surtout [conditions]. »
Pour un vocabulaire plus « officiel », vous pouvez compléter avec le test VIA (forces de caractère).
4. Carte d’énergie hebdo (+/−)
L’idée est simple mais incroyablement efficace. Voir ce qui vous recharge (+) et ce qui vous vide (−) pour mieux placer votre énergie.
Pendant 7 jours, notez chaque soir 3 + et 3 – (tâche, contexte, personne, lieu).
Cette technique met en évidence votre moteur naturel (Théorie de l’Auto-Détermination) :
- Autonomie : est-ce que je choisis comment faire ?
- Compétence : est-ce que je me sens capable / en progrès ?
- Lien : est-ce que je suis utile / j’ai du soutien ?
Au bout d’une semaine, vous allez voir des schémas répétitifs qui vous aidera à mieux vous connaitre (et non pas vous juger).
5. Profil d’attention
Le but ici est de repérer vos heures « claires » (où tout est facile) et vos heures « brouillard » (où vous vous éparpillez). Ça vous aide à savoir quand vous êtes au meilleur de vous-même, au travail et dans la vie quotidienne.
Concrètement, pendant 3 jours, à 3 heures fixes, notez :
- Clarté mentale (0-10)
- Ce que vous faisiez (tâche + contexte)
- Un mot sur l’état (calme, pressé, faim…)
Que faire du résultat ?
- Observez bien le contexte associé (avant/après repas, écran/papier, open-space/maison…)
- Identifiez vos 3 créneaux “clairs” : placez-y les activités qui demandent de la présence et attention (apprentissages, création…)
- Repérez 2 créneaux “brouillard” : réservez-les aux actions plus automatiques (courses, rangement…)
Pour résumer : les exercices précédents disent quoi vous faites bien (forces) et où/avec qui vous gagnez ou perdez de l’énergie (carte). Celui-ci vous dit quand vous êtes le plus net.
6. Atlas émotionnel : émotions, déclencheurs, besoins
Au lieu de se dire « je suis (trop) sensible / pas sensible », observez simplement ce qui revient. Quand une émotion apparaît (colère, anxiété, tristesse, joie…), demandez-vous : qu’est-ce qui l’a déclenchée ? et de quoi ai-je besoin maintenant ?
Voici quelques exemples parlants :
- Colère → injustice → besoin de clarté des règles
- Anxiété → imprévus → besoin de visibilité / temps
- Tristesse → conflit → besoin de lien / échange 1:1
Cet exercice, courant en psychologie, éclaire votre paysage affectif et ce qui vous met en mouvement. Bonus : mettre des mots sur l’émotion fait déjà baisser la pression.
7. Boussole corporelle « oui/non »
Aussi surprenant que cela paraisse, le corps envoie souvent le signal avant la tête quand vous prenez une décision. Certains chercheurs parlent de participation du corps à la décision.
A quoi ressemblent vos « oui » et « non » physiques ?
Pour le découvrir, repensez à trois décisions passées (une très bonne, une mitigée, une regrettée). Souvenez-vous de ce que vous ressentiez au moment de choisir : poitrine légère, respiration ample, chaleur agréable… ou, au contraire, gorge serrée, nœud au ventre, épaules crispées.
Vous venez d’esquisser votre signature corporelle.
À quoi ça sert ? C’est un indice fidèle sur vos valeurs, besoins et limites, donc sur qui vous êtes.
8. Signature situationnelle SI→ALORS
On n’est pas « timide » ou « assuré » tout le temps : on réagit selon le contexte. L’idée ici, c’est de repérer vos petits automatismes… pour reprendre la main.
Prenez une feuille en 2 colonnes et notez ce qui revient le plus chez vous :
- SI on me coupe la parole, ALORS je me tais
- SI je reçois un mail flou, ALORS je pars dans une longue explication
- SI l’urgence tombe, ALORS je procrastine… ou je veux tout contrôler
Ce sont les patrons « si→alors » décrits par Mischel & Shoda (expert en Psychologie cognitive) : attention à ne pas tomber dans le piège du développement personnel, car ce ne sont pas des étiquettes figées, mais des mécaniques en situation.
Utile pour répondre à : « Qui suis-je quand les choses se passent comme d’habitude ? », et pour voir où vous avez envie d’agir autrement.
9. Style de décision
Mieux se connaître, c’est aussi savoir comment vous décidez. Il n’existe pas « une » bonne manière : chacun a son mélange (plus ou moins rationnel, intuitif, dépendant, évitant, spontané).
Mini-exercice. Reprenez 5 décisions récentes (pro & perso). Pour chacune, notez :
- Vitesse : Rapide ou Lente
- Mode : Intuition ou Analyse
- Satisfaction après coup : /10
Ex : « Recrutement » → Rapide + Intuition → 6/10 ou « Choix logiciel » → Lent + Analyse → 8/10
Ce que vous cherchez : Un motif qui se répète
Est-ce que rapide + intuition vous réussit… ou vous piège ? Est-ce que lent + analyse vous rassure… ou vous fait tourner en rond ?
Pourquoi c’est utile pour tout le monde : vous voyez quel moteur vous va et quand changer de vitesse (demander un regard externe, poser un délai, vous autoriser l’intuitif si l’enjeu est faible).
Résultat : moins de regrets et de doutes, des décisions plus justes, et qui vous ressemblent.
Pour aller plus loin (optionnel)
Voici 4 options pour explorer d’autres pistes :
- Journal de métacognition / journal créatif
Quand les mots coincent, l’image aide. Écrivez ce que vous pensez… de ce que vous pensez, ou passez par collage/dessin/mindmap/journal intime.
👉But : muscler l’auto-observation, intégrer ce que vous découvrez. - Kokologie (introspection ludique)
Inspiré de la psychologie japonaise, ce jeu propose des scénarios imaginaires qui ouvrent une porte sur vos schémas internes pour prendre conscience de soi.
👉À prendre comme exploration, pas comme vérité. - Mentalité de croissance (Carol Dweck)
Voir les échecs/réussites comme informations plutôt que verdicts. Très utilisé en développement personnel pour développer la confiance en soi et sortir de sa zone de confort.
👉Complément parfait : “je ne suis pas ceci, je peux le devenir”. - Auto-compassion (Kristin Neff)
Se parler comme à un ami (lucide, sans violence).
👉Aide la résilience, la motivation et la clarté, utile pour oser se regarder en face.
Se connaître soi-même : erreurs fréquentes & mythes
Tout faire d’un coup
Apprendre à se connaître, c’est un processus lent, non linéaire. Le cerveau apprend par clarté + répétition
👉Faites simple : choisissez 1-2 pratiques, testez-les 15 jours, puis ajustez.
Se fier aveuglément aux tests de personnalité
Des tests comme le MBTI, Ennéagramme, « cerveau gauche/droite » séduisent… mais rigidifient. Or nos comportements changent selon le contexte.
👉Préférez les outils observables : retours concrets (Forces observables), VIA (forces de caractère) ou Big Five abrégé.
Croire aux neuromythes rassurants
« Je suis visuel », « je ne suis pas logique » : ces cases sont trop simplistes. Le cerveau ne se découpe pas en deux camps.
👉Parlez plutôt de styles attentionnels et de contextes qui vous aident. Et souvenez-vous : la plasticité vous laisse des marges de progression.
Confondre « essence » et « carte du moment »
Votre « vrai moi » n’est pas un verdict. C’est une carte vivante qui se met à jour avec l’expérience.
👉Revenez régulièrement à vos repères (valeurs, énergie, heures claires…) et actualisez.
